Bella Ciao

En découvrant «Bella ciao» dans «La casa de papel» (une série espagnole diffusée entre autres sur Netflix), je trouve l’hymne poétique et puissant. Un grand moment partagé entre les deux frères… Ca me marque, mais je ne devine pas encore que je vis les prémices de quelque chose d’énorme…

Quelques jours plus tard, ma compagne, Karine, me montre un clip chanté par des enfants. La mélodie lui plaît. Je reconnais immédiatement la musique, d’autant plus que les enfants (qui chantent très bien) portent les masques des braqueurs de la série.

Mais côté paroles, je suis gêné… Aussi, lorsque Karine me demande de réaliser moi aussi un clip avec mes filles afin de le diffuser sur notre chaîne Youtube familiale, je me renseigne sur l’oeuvre pour donner du sens à cette mission…

Je découvre les paroles originales de l’hymne italien sur wikipédia. Il y a deux versions : la première date des années 30 et évoque le dur labeur des saisonnières, qui perdaient leur beauté en s’épuisant à la tâche… «Ciao Bella» se termine avec espoir : les mondines savent qu’un jour, une loi leur permettra de retrouver la liberté. La deuxième version, la plus connue, est le chant des partisans antifasciste. Ces braves abandonnant leur confort auprès de leurs bien-aimées pour servir une cause plus grande qu’eux, leur chantent «Ciao bella» avec désespoir, devinant que leur engagement est sans retour…

J’imagine alors cet hymne enfermé dans les cœurs des valeureux qui partent au combat, et je comprends pourquoi les paroles de Maître Gimms me plongent dans l’affliction. Mes filles ne chanteront pas cette version, c’est hors de question ! J’envisage donc de leur apprendre la chanson des partisans en italien. C’est alors que Karine me propose d’écrire ma propre version en français…

Je commence par refuser ! J’ai beaucoup de travail, je ne veux pas dénaturer l’hymne, et blablabla… Mais pendant que je m’oppose consciemment à cette possibilité, mon subconscient fait un tout autre travail : chaque jour je me surprends à visionner sur Youtoube de nouvelles versions de la chanson, puis «je me perds» dans des reportages sur la deuxième guerre mondiale, et des images poignantes viennent provoquer mon esprit créatif.

Un soir, c’est la fête à la maison : mon fils invite tous ses copains de lycée à venir chanter et danser, et pendant que je sers des parts de pizza à cette belle jeunesse, une pensée me traverse l’esprit :

– Dire que tout ceci ne pourrait exister si les partisans avaient plié face au fascisme… Si ces hommes et ces femmes ordinaires n’avaient pas pris les armes pour faire reculer les envahisseurs, mes enfants ne chanteraient pas des chansons par choix, mais par obligation, saluant des dictateurs, génération après génération…

Me viennent alors ces paroles :

«Tu as pris les armes à ton tour,
Pour qu je puisse chanter un jour…»

Abandonnant la distribution des pizzas à Karine, je fonce dans mon bureau pour écrire la chanson. Les paroles défilent devant mes yeux à une telle vitesse que j’ai parfois l’impression que ce n’est pas moi qui l’ai écrite. Que la chanson était dans l’air et que j’en captais les mots pour les retranscrire. Reggiani, Ferrat et même Hugo se joignent à moi pour me souffler des vers… Autre phénomène étrange : j’entends mon arrangement musical… Il est d’une toute autre tendance que ce qui circule sur Youtube…

J’imprime la chanson et je la présente à Karine. Elle est émue… C’est bon signe ! C’est même un feu vert pour moi.

Le lendemain, j’appelle mon ami Richard Rosefort pour lui demander de me jouer l’intro au violon. Il m’envoie un premier jet de toute beauté ! Le hic : on n’y reconnaît pas la mélodie de «Bella Ciao». Je n’oublie pas que je m’adresse au grand public et que celui-ci a besoin de repères rapides, sinon il zappe ! Je décide de garder cet extrait pour en faire un pont musical à l’intérieur de la chanson, et je demande à Richard de me jouer une intro où on reconnaît «Bella Ciao» dès les premières notes.

Parallèlement, j’appelle mon arrangeur, Flavio Cipriano. Flavio n’est pas uniquement un excellent musicien et un technicien du son hors pair. Il a aussi la faculté d’entendre la musique qui raisonne dans ma tête ! Très vite, nous réalisons un arrangement très proche de ce qui vibrait en moi. Seules les percussions nous choquent l’oreille (trop électroniques). Flavio, qui est aussi un percussionniste de génie, emmène notre travail en studio pour y ajouter de la vraie batterie. Lorsqu’il m’envoie le résultat, le choc est d’un tout autre niveau : je suis transcendé.

J’écoute la musique des dizaines de fois en boucle, à la maison comme en voiture. Je chante mes paroles en présence de mes enfants afin que mes filles s’imprègnent de l’ambiance. J’en profite pour leur faire un cours d’histoire à ma façon. C’est-à-dire avec lyrisme et poésie. Elle me posent des questions dont certaines resteront sans réponse… Ces immersions dans l’histoire facilitent leur interprétation : une fois devant le micro, elles savent qu’elles ne posent pas de simples mots sur une musique, mais qu’elles racontent une historie vraie. Ou plutôt des milliers d’histoires vraies…

Et puis il y a le clip. Grâce au dévouement de Christophe Berenger, au regard graphique de Karine et aux idées créatives des filles (la caméra qui tourne autour de l’arbre est une idée d’Elina – 9 ans -), tout coule de source. Nous avons même beaucoup plus d’images que ce qui est nécessaire. Lorsque je termine le montage, elles continuent à défiler en silence… Je trouve l’effet parfaitement adapté à l’hommage. Je garde l’idée en sélectionnant quelques rush…

La chanson est publiée le lendemain (samedi 30 juin). Elle affiche 10.000 vues en une matinée, puis 30.000 vues de plus dans la journée. C’est bien parti ! Aujourd’hui, elle a atteint les 60.000 vues. Mais au-delà des vues, ce qui me touche le plus, ce sont les commentaires des personnes qui ont compris toutes mes intentions. Ces petits messages récompensent tous les efforts consentis pour que l’hymne demeure un hymne…

Je voulais partager ça avec vous. Mais pour vous en parler ici, sur une page réservée au Développement Personnel, il fallait que je vous raconte l’histoire.

Oups ! J’ai failli oublier une dernière chose… Lorsque j’ai écrit les paroles, je me suis rendu compte que je m’adressais à la fois aux partisans qu’aux partisanes… Chaque auditeur pouvait poser ses propres images sur l’histoire. Puis est arrivé le moment où Lévanah devait chanter en italien… C’est à ce moment que j’ai fait un choix : rendre hommage aux 16% de femmes qui constituaient la résistance lors de la deuxième guerre mondiale, tous pays confondus. J’ai donc changé «del partigiano» en «della partigiana». Je pense qu’aucun partisan ne m’en voudra d’avoir choisi sa sœur pour symboliser «l’ardeur fragile»…

En ce jour où Simone Veil entre au Panthéon, je lui dédie cette chanson, avec tout mon Respect et un profonde Admiration.

Belle écoute à toutes et à tous,

Stéphane SOLOMON