Congruence 1/2

Dimanche dernier, pendant le déjeuner, mon fils m’a fait une proposition :

– On se fait un Tennis ce soir ?

Les délais étaient un peu courts. Ca demandait un effort d’organisation… Pour m’amuser un peu, j’avais envie de lui répondre :

– Excusez-moi jeune-homme, mais qui êtes-vous et comment savez-vous que j’aime le Tennis ?

Je suppose que ça l’aurait amusé… Ensuite il aurait reposé sa question :

– Blague à part, je réserve ou pas ?

Et toujours avec un air sérieux, je lui aurais répondu :

– Mais avez-vous le niveau pour jouer avec moi ? Il faudrait faire quelques échanges d’essais avant ! Car si vous ayez un bon niveau, ça va me démoraliser, et si vous avez un petit niveau, je vais m’ennuyer !

Je suppose qu’il aurait pris un regard médusé… J’en aurais profité pour l’achever :

– En plus, 7 minutes aller + 7 minutes retour + 1 heures de jeu + la douche, ça me fait au moins 1h30 de perdue ! On peut y ajouter la location du court qui me coûtera 8 euros. Il faudrait vraiment être sûr que tout ça aura de l’intérêt jeune-homme… Qu’est-ce qui me le garantit ?

Tel que je le connais, à ce stade il m’aurait répondu :

– Au lieu de raconter n’importe quoi, dis-moi NON, ça ira plus vite ! Tu vas en gagner du temps et de l’argent !

CONGRUENCE

Bon… Je vous rassure, je lui ai juste dit OUI, et nous avons passé un bon moment. Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer dans ma tête au moment où il m’a fait sa proposition… Pourquoi ai-je imaginé un dialogue aussi trouble ?

Je n’ai aucun raison de faire ça : mon fils et moi, nous jouons au Tennis depuis 3 ans. Au début, je le laissais gagner, mais aujourd’hui je n’ai plus besoin de le faire. Nous avons à peu près le même niveau. Je vante ses progrès à sa mère, ses grands-parents, ses oncles et ses tantes, ses amis… Chaque partie est un plaisir, et je l’exprime à haute voix. Même en observateur c’est stimulant de le voir évoluer. Alors imaginez ce que ça donne en jouant ! C’est mon petit champion ! Jouer avec lui est un privilège que je m’accorde régulièrement.

C’est pourquoi lorsqu’il a envie de faire une partie, il me demande tout simplement en une phrase «On se fait un Tennis ?». En plus, il est plein de délicatesse, car il sait que j’ai horreur de jouer par temps de canicule. Il me propose donc de louer le terrain lorsque l’atmosphère se rafraichit. J’apprécie cette marque d’attention.

Mon fils communique avec congruence : il pose la question sereinement, il espère une réponse positive tout en sachant que la négative n’a rien de personnel. Il sait que ce moment à deux est une belle parenthèse, et que la dépense en temps et en argent est en concordance avec mes valeurs :

J’accepte facilement l’idée que certaines choses qui contribuent à mon Bonheur aient un coût (temps et argent). Je ne m’en plains pas. Au contraire : je gratifie ceux qui ont fait le choix de contribuer à mon bonheur tout en gagnant leur vie.

De son côté, mon fils s’occupe de la réservation et de la préparation des raquettes des balles, des boissons, etc. puisque c’est à sa portée. Chacun sa part.

Alors vous imaginez si soudainement je lui répondais «mais qui êtes-vous jeune-homme ?», ça ne pourrait que le faire rire ! Mais si je continuais à lui exprimer mes doutes sur la pertinence de sa demande, en prenant un air sérieux, et en commençant à faire des calculs étranges, ça risquerait de l’énerver, et même de le rendre incongruent…

La fois suivante, sa demande ressemblerait à quelque chose du genre :

– Papa, comme tous mes copains sont en vacances, je n’ai plus que toi pour jouer au tennis ! Alors excuse-moi de te déranger, mais j’ai eu une idée : je vais payer la location du court avec mon argent de poche, ça va alléger ta peine. Comme je ne peux pas prendre ta douche à ta place, je te propose de me prévenir quand tu as l’intention de te doucher, pour que je réserve le terrain 1h15 avant. Comme ça, ça ne perturbera pas ta journée… Si tu ne veux pas, ce n’est pas grave, je jouerai contre le mur de la maison. Ca me rendra triste, mais je comprendrai que ce n’est pas intéressant de jouer avec moi.

Avouez que c’est plus long que «On se fait un tennis de soir ?».

On gagne du temps à être congruent !

De plus, dès que je dirai à sa grand-mère qu’il a encore progressé, il va ajouter :

– Oui, j’ai tellement progressé que mon père a peur de jouer avec moi !

Vous comprenez ? Si je n’aligne pas mes paroles et mes actes en concordance avec mes valeurs et mes croyances, ma façon d’agir et de communiquer aura un impact sur son humeur, sur notre relation, sur son comportement, et sur sa motivation vis-à-vis de ce sport…

Ainsi, la congruence consiste aussi à prendre conscience de la portée  de ses paroles et de ses actes. Je fais ce que je dis, et je dis ce que je fais : ce serait incongruent de le féliciter pour son jeu et vanter ses mérites, puis de lui demander d’argumenter et de motiver sa demande lorsqu’une partie nécessite un effort de ma part.

Ca me permet de lui dire OUI ou NON avec simplicité. Je ne me sens pas obligé de justifier mon refus, car il sait que lorsque ça arrive, ça n’a rien à voir avec lui. C’est l’avantage de ce type de relation. Pas besoin de faire porter à l’autre le chapeau d’un manque de motivation, d’une fatigue passagère, d’un passage à vide, d’un problème décisionnel… C’est pourquoi malgré mon envie de jouer à l’incongruent avec lui dimanche, je ne l’ai pas fait. J’ai plutôt joué au tennis…

– Mais Stéphane, me direz-vous, pour quelle raison aviez-vous envie de l’enquiquiner ?

Allez ! Je laisse à votre esprit d’analyse et de déduction y réfléchir… Si vous avez une piste, commentez ! Je vous ferai une réponse complète demain.

Je vous laisse un indice quand-même, sous forme de question :

On se fait une partie de TIME-COACH PLUS ?

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A++

Stéphane SOLOMON

12 réflexions au sujet de « Congruence 1/2 »

  1. Bonjour Stéphane,

    J’imagine que vous avez des lecteurs non congruents lorsque vous leur demandez une partie payante. Pourquoi les gardez-vous ? Surtout si ça vous donne envie de vous venger sur vos enfants, ça va un peu trop loin.

    Vous voulez peut-être aussi nous dire que les pb que nous rencontrons au travail peuvent avoir un impact familial. Mais ça je pense qu’on en a bien conscience 😉

    Je suis coach moi aussi, et j’aime bien votre approche de la congruence en donnant un exemple vivant. J’ajoute ma petite contribution avec une définition plus officielle :

    La congruence, c’est être en accord entre ce qu’on pense, ce qu’on dit, ce qu’on fait et ce qu’on ressent (avant et après l’action). On parle souvent d’ALIGNEMENT entre pensée, parole, action et feedback.

    En écrivant ça je me suis dit que la culpabilité (un thème que vous abordez souvent) est le premier symptôme de l’incongruence. Votre texte est peut-être un nième article anti-culpabilité. Belle approche !

    J’attends la suite !

    • Bonjour Julien,

      Si je devais me débarrasser de tous mes incongruents, ça ferait un sacré ménage. Je suis plutôt partisan de la deuxième chance.

      Et où vais-je trouver ma source d’inspiration (et d’expiration) ?

      En ce qui concerne mes enfants, tant que le «dialogue pervers» n’a pas lieu, ça va. Le travail que j’amène à la maison est sans dommage collatéral ;o)

      Merci pour votre contribution. Ce partage vous a amenée vers une nouvelle réflexion, qui se rapproche effectivement de l’un des axes les plus sensibles de mon travail (de notre travail).

      A++ pour la suite,

      Et merci encore pour cette intervention.

      Stéphane SOLOMON

  2. Bel article !
    Je ne pense pas que vous vouliez enquiquiner votre fils, mais simplement que vous aviez un peu de temps et que vous vouliez polémiquer, négocier… ou avoir un dialogue différent avec votre fils.
    Je ne sais pas si c’est bon mais je le fais quelque fois avec ma fille. Cela lui apprends à discerner le vrai du faux, à réfléchir vite et à avoir de la répartie. Et à ce jeu, ce n’est pas toujours moi qui gagne…
    Mais, j’aime bien.

    • Bonjour Gérard,

      Je crois que vu mon état interne, si je m’étais laissé aller je l’aurais bien enquiquiné ! Je lui aurais expliqué le fond des choses, mais je ne pense pas qu’il aurait tout compris (vous verrez ça en lisant la suite). Ce n’était pas un dialogue pédagogique comme celui que vous avez avec votre fille, et que j’ai souvent avec mes enfants à d’autres occasions.

      Le dialogue pédagogique est une bonne pratique. Et s’il y a des contradictions à nourrir, je pense qu’il est bon de laisser les enfants gagner quelquefois. Sachant que très vite, comme au Tennis, vous n’aurez plus besoin de les laisser gagner…

      A++ Gérard,

      Stéphane

  3. Bonjour Stéphane.
    L’enquiquiner ?!!!
    On pourrait aussi utiliser les mots : taquiner, plaisanter, cela peut mettre un peu de bonne humeur dans une journée.
    Il me semble que vous parlez d’un ado. Il est vrai que les rapports sont parfois difficiles. Nous somment souvent obligés de prendre des gants à cette période de leur vie. La plaisanterie a, a bien des égards, été salutaire pour moi et mes trois filles en permettant de garder la conversation ouverte, ainsi qu’un esprit rapide lorsqu’elle se pic aux jeux.
    Maintenant qu’elles ont, pour deux d’entre elles passées ce cap, je ressens une sérénité ainsi qu’une complicité très forte entre elles.
    La plaisanterie est aussi un bon moyen de ce détendre, avec sa famille ou ses amis(es), après une dure journée de labeur, en week-end. Pour moi s’est un ciment dans la vie de tous les jours.

    Congrue ou incongrue ? On se doit de faire attention Je pense que le tous, c’est de l’utilisée a bon escient.

    Merci A++ Pierre-André.

  4. Chacun sa raquette ?

    Oui chacun sa raquette. Sauf que ce n’est pas un match avec un gagnant et un perdant. C’est un jeu où il y a deux gagnants, comme dans tous les vrais jeux. Les jeux avec nos enfants notamment. Chacun de ces jeux est un don de notre part, pour l’enfant.

    Pour ce qui concerne les moments incongrus, j’y vois une chance de changer de mental.
    Le « choc » est une chance de penser un instant autrement. Et je crois que l’on peut dire une chose tout à fait incongrue tout en étant honnête. (Ma définition personnelle de l’honnêteté étant de mettre en accord ma sincérité avec mes actes).
    Et il n’y a aucune incongruité en rien, du moment qu’il y a honnêteté.

  5. Je pense que cette façon intelligente de presenter sa demande pour ton fils a ceci de gênant, voire d’agaçant qu’elle rend difficile la réponse négative : par une telle formulation qui suscite l’adhésion, un refus fait jouer le mauvais rôle a celui qui répond, car la rupture est brutale avec l’invitation a la congruence.

  6. … Il y a donc une forme de manipulation.
    Je suppose que tu te refuserais a utiliser ce genre de technique pour vendre tes programmes payants (ou pas payant)
    D’ailleurs, le fait de ne pas connaître aussi bien tes clients que ton fils rendrait la formulation peu adaptée.

  7. Bonjour,
    Stéphane, tu dis « pour m’amuser un peu ». Donc si fiston te connaît bien (on peu le supposer) il devrait déceler cela rapidement et si c’est bien le fils de son père (là encore on peut le supposer 🙂 ) et qu’il a hérité de ton humour il devrait avoir une répartie autre que « blague à part je réserve ou pas ».
    Sérieusement : pourquoi aurais tu envie d’enquiquiner ton fils ? Parce que si vraiment il avait envie de faire une partie de tennis avec toi, pour s’assurer d’une réponse de ta part, il aurait mieux fait de te dire en début de journée un truc du genre « t’es OK si je réserve un cours pour nous deux en fin de journée ? Est-ce qu’il y a une heure qui te convient mieux qu’une autre ? ». Tu pourrais en effet avoir très envie de jouer avec lui mais être dans l’impossibilité de le faire parce que tu as une autre priorité à ce moment là. Dans ce cas ce sont et toi et lui qui seraient frustrés. Dommage. Le taquiner en ne lui disant pas oui tout de suite serait donc juste une façon de lui dire « la prochaine fois penses-y et demande-le un peu plus tôt ».
    Faire sa demande plus tôt te permet à toi de reclasser tes priorités et de trouver un créneau peut être pas prévu au départ pour trouver un moment privilégié avec lui. C’est précieux les moments que nos enfants nous demandent du temps pour un relation.
    Mais franchement si ton fils te réponds vraiment
    « – Papa, comme tous mes copains sont en vacances, je n’ai plus que toi pour jouer au tennis ! Alors excuse-moi de te déranger, mais j’ai eu une idée : je vais payer la location du court avec mon argent de poche, ça va alléger ta peine. Comme je ne peux pas prendre ta douche à ta place, je te propose de me prévenir quand tu as l’intention de te doucher, pour que je réserve le terrain 1h15 avant. Comme ça, ça ne perturbera pas ta journée… Si tu ne veux pas, ce n’est pas grave, je jouerai contre le mur de la maison. Ca me rendra triste, mais je comprendrai que ce n’est pas intéressant de jouer avec moi. »
    va voir un psy ! votre relation est trop compliquée ! Qu’un fils pense qu’en payant la résa du court, il ALLÈGE la peine de son père… ça me parait très excessif. On dira que c’est pour forcer le trait de la démo.

    • Bonjour Florence,

      La demande de mon fils nécessitait une réponse rapide, et dans la positive, une action rapide. Bien sûr que nous réservons des moments à deux en anticipant. Mais là, c’était une envie subite de se dépenser, et une question spontanée. Rappelez-vous de l’âge du demandeur…

      Visiblement, je n’ai pas réussi à exprimer dans mon article que le sentiment qui m’habitait n’était pas éducatif. Il y avait vraiment une volonté de faire porter le chapeau de mon refus à quelqu’un d’autre que moi. Comme si le fait de refuser était une faute…

      La réaction exagérée que je décris (qui nécessiterait effectivement quelques visites chez un psy) est bien là pour forcer le trait d’une relation incongruente. Ceci dit, mis à part le fait que j’ai cumulé plusieurs impacts dans une seule phrase, tous les parents savent que lorsque les enfants n’osent pas demander, ou commencent à négocier, c’est qu’il y a un historique…

      Par exemple, lorsqu’un enfant propose de payer quelque chose de sa poche, c’est parce que son père ou sa mère lui disent souvent «c’est trop cher !». En réalité, c’est à leur portée (et même à celle de la tirelire de l’enfant), mais ils oublient d’expliquer ce que signifie TROP CHER :

      – C’est trop cher pour ce que ça peut nous apporter
      – C’est trop cher par rapport à ce que ça a coûté au fabriquant
      – Je n’en aurai pas pour mon argent (je n’utiliserai pas assez)
      – etc.

      Or toutes ces raisons n’ont aucun sens pour l’enfant. D’autant qu’il observe ses parent acheter bien d’autres choses «trop chères» et complètement inutiles (selon son jugement).

      «C’est trop cher !» ou encore «Je n’ai pas le temps !» sont toujours des réponses incongruentes. Toujours !

      En réalité, ça veut dire :

      – Ce que tu demandes n’est pas important POUR MOI !

      ou

      – Ce que tu demandes n’est pas assez important POUR MOI en cet instant !

      Pensez-y la prochaine fois que vous voudrez dire «c’est trop cher !» ou «je n’ai pas le temps» à votre enfant… Il est préférable de nuancer la réponse. Elle est trop facile, et trop automatique pour qu’on n’y prenne pas garde.

      A++

      Stéphane

  8. Bonjour,
    Je pense, personnellement, que la réponse n’est pas dans LA réponse en elle-même.
    Elle est dans la définition de « régler » cette réponse.
    Oui ou Non ; cela a peu d’importance (sauf en cas de non ou de oui récurrents)
    Ce qui compte à mon avis est de pouvoir proposer une réponse : Tout de suite ; plus tard…
    Pas forcément de s’étendre en prétextes mais de dire le pourquoi et après de définir le comment.
    Je n’ai jamais dit oui tout de suite à une proposition, quelle qu’elle soit. Après réflexion, même très courte, la décision est donnée après une syntaxe du pourquoi et du comment.
    Dites-moi si je dérive…
    Bon week-end

    • Bonjour,

      En évoquant un POURQUOI qui précède le COMMENT vous ne pouvez dériver, c’est bien le sujet de fond. Tant que vos COMMENT sont conformes à vos POURQUOI vous êtes congruent.

      Répondre OUI ou NON à l’autre, c’est important, car l’action qui suivra dépend de cette réponse. Il ne s’agirait pas de répondre OUI, puis de dire NON au moment de l’action (Incongruence courante chez les parents, qui permet d’éviter une insistance de l’enfant et de se débarrasse temporairement du problème).

      Prendre rendez-vous avec la décision, c’est une bonne pratique, du moment que le rendez-vous permet effectivement d’apporter une réponse. Mais dans mon cas, la réponse devait être immédiate. C’était un idée instantanée à mettre en application, ou pas.

      Le plus important, lorsqu’on est en quête de Congruence, c’est de se souvenir que cette attitude a une portée qui dépasse largement le cadre de l’action en cours, à tous le niveaux.

      A++

      Stéphane SOLOMON

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