Journée mondiale des Droits de la la Femme

Aujourd’hui, je voudrais rendre hommage à la Femme. Vous savez, cette tentatrice si souvent pointée du doigt, qui porte la culpabilité du péché originel depuis qu’elle incita l’homme (cette innocente victime) à croquer la pomme !

– La pomme ? Quelle pomme ???

La pomme n’est pas citée dans la genèse, et ne l’a jamais été. Or interrogez des personnes autour de vous (athées et croyants) et demandez-leur quel fruit, selon la bible, Adam et Eve ont consommé avant d’être chassés du jardin d’Eden. Vous verrez que 8 personnes sur 10 vous répondront qu’ils ont croqué une pomme ! Ce qui signifie que plus de 80% des gens, y compris celles et ceux qui ont lu attentivement la bible, sont convaincus qu’il y est écrit noir sur blanc, une chose qui n’a jamais été évoquée !

Certains d’entre eux sont tellement convaincus qu’il s’agit d’une pomme qu’ils ne vous croiront que si vous leur mettez le texte sous les yeux… D’autres, plus obtus, ne voudront même pas que vous leur montriez le texte de peur de constater que vous dites vrai. D’ailleurs je suis sûr que parmi mes lecteurs, il y a des personnes qui croient que je réinvente la bible ! Alors voici un lien vers une traduction conforme au texte original :

http://www.info-bible.org/lsg/01.Genese.html

Cherchez-y le mot pomme !

Alors ??? Ça fait bizarre ? Oui je sais ! Ça surprend plein de gens qui ont la certitude absolue qu’Adam et Eve ont croqué une pomme bien rouge. Bon… Ceci dit, je tiens à vous rassurer… On ne va pas refaire toute l’Histoire du monde : dans «Blanche Neige», c’est bien d’une pomme dont il s’agit !

Et alors ?

Franchement : pomme, pêche poire ou abricot quelle importance ? Ça ne va pas changer votre vie (sauf si on vous pose la question dans «qui veut gagner des millions»). Le type de fruit n’est certainement pas responsable du «rapport aux femmes» que notre monde entretient. Par contre, si l’histoire concernant l’incitation à croquer le fruit était remise en question, ce serait beaucoup plus profond comme réflexion, car si la femme était soudainement disculpée, ça changerait beaucoup de paradigmes…

Chiche !!!

Si vous êtes athée, n’allez pas croire que ce qui va suivre ne changera rien pour vous. Il suffirait que vos parents ou vos grands-parents aient cru fermement que la femme est fautive, pour qu’aujourd’hui encore vous portiez les stigmates d’une éducation qui place l’homme comme une victime de la femme, ou comme un être supérieur qui serait bien plus spirituel si on en lui avait pas mis une écervelée entre les pattes !

Serait-il possible qu’au-delà du type de fruit, même la faute ait été mal interprétée ? Et si l’homme était responsable de la situation ? Je ne parle pas des interprétations qui le rendent coupable parce qu’il a écouté sa femme ! Je parle d’un autre niveau de lecture. Plus exégétique…

Un peu d’exégèse, pour l’Amour de la Femme…

Si vous avez besoin d’un support pour suivre mon explication de texte, je vous propose de vous procurer une bible, de préférence la plus proche du texte original (évitez la traduction d’une traduction d’une traduction…). Vous pourrez y lire que lorsque D.ieu interdit à Adam de consommer de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, Eve n’a pas encore été créée. Elle n’a donc pas reçu l’ordre divin en même temps qu’Adam. D’où ma première question :

– Quand a-t-elle reçu cet ordre, et de la bouche de qui ? Est-ce Adam qui lui a fait un débriefing à sa manière ou a-t-elle eu une formation accélérée par D.ieu lui-même ?

La suite du texte nous révèle quelque chose d’intéressant… La ruse du serpent consiste en une manipulation connue : il demande à son interlocutrice de lui expliquer la loi divine, faisant mine de ne pas l’avoir comprise : il lui demande s’il est interdit de manger de TOUT ARBRE. Le but est d’obtenir une explication détaillée. Eve lui donne cette réponse :

– Nous pouvons manger de tous les fruits des arbres du jardin, mais en ce qui concerne le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, D.ieu nous a dit de ne pas le manger, ni de le toucher, car nous en mourrons !

Curieux ! Relisez 20 fois ce qui a précédé (dans la bible), et vous verrez que jusque-là, l’interdiction porte sur l’action de MANGER et non sur l’action de TOUCHER. Il y a un truc qui cloche ! Adam et Eve semblent avoir reçu des ordres différents. Qui a dit à Eve de ne pas TOUCHER au fruit ? D’ailleurs est-il possible de manger un fruit sans le toucher ?

De là, les sages talmudiques (qui explorent la bible au mot près, et même à la lettre près) déduisent une interprétation possible : Adam a déformé l’ordre divin avant de le transmettre à sa compagne… Il a été attiré par le fruit jusqu’à le toucher. Il a senti une envie irrépressible de le manger. Envie qu’il a su contenir avec difficulté. Il a donc décidé de ne plus jamais y toucher, afin d’éviter le trouble. Comme tout être humain, il généralise ce ressenti et suppose que sa moitié sera également troublée en touchant le fruit. Alors sans distinguer LA LOI divine de son expérience personnelle, il a endurci la règle au moment de la transmission : il a ajouté une contrainte, comme si ce qu’il ressentait personnellement faisait office de loi universelle…

Sachant cela, le serpent (qui était malin comme un singe) a invité sa captive à toucher le fruit de l’arbre, et comme rien de transcendant ou d’inconfortable ne s’est produit en elle, il en a profité pour lui dire qu’Adam lui a raconté des carabistouilles. C’est exactement ce que font certains leaders politiques pour décrédibiliser leurs adversaires : ils prouvent qu’un truc n’a pas marché, après quoi ils remettent en question l’ensemble des propositions… Dans les grosses entreprises et les administrations c’est la même stratégie : il y a des gens rusés comme des serpents qui se servent du moindre défaut de communication pour détruire l’intégralité d’un projet.

Adam a menti concernant l’ordre divin ! Il en a rajouté inutilement, et le serpent a profité de la brèche pour s’y faufiler.

De là, les interprètes avancent une morale : pour respecter une loi divine, si on veut ajouter une règle de conduite personnelle (à cause d’un trouble), c’est tout à fait légitime. Mais au moment de transmettre la règle à autrui, il convient de distinguer la loi divine de la règle personnelle, car chaque individu doit savoir créer ses règles, communiquer, proposer, suggérer, partager… mais en aucun cas, il ne peut imposer ses principes aux autres.

Ceci me fait penser à sujet central du Développement Personnel : ne privez pas les autres d’un succès sous prétexte que vous avez échoué ! Votre expérience peut être transmise sous forme de PARTAGE, mais pas sous forme de LOI. Adam a voulu être plus royaliste que le Roi, et a faussé les règles du jeu. La privation du jardin d’Eden (d’un monde meilleur) est la résultante de cette attitude, qui consiste à transmettre ses peurs en les faisant passer pour des lois divines.

C’est pas moi, c’est l’autre !

Une fois obligé de se justifier, Adam ne trouve rien de mieux à dire que «C’est la femme que tu m’as donnée qui m’a incitée». Ce qui est d’une mauvaise foi et d’un manque de proactivité incroyable :

– Je n’y suis pour rien ! C’est ma meuf ! Et rappelle-toi que c’est toi qui l’a créée ! Je n’ai rien demandé… C’est de ta faute !

La femme suit le mouvement en accusant le serpent ! Elle a toutefois la décence de ne pas accuser D.ieu d’avoir créé le reptilien. Remarquez qu’au moment de l’interrogatoire, le couple est encore dans le jardin d’Eden. Ce qui signifie que le jugement était en cours, et que la culpabilité n’était pas avérée. C’est uniquement suite à ce manque de proactivité qu’ils reçoivent leur lettre de licenciement sans préavis !

Bein oui Adam ! Tu viens d’acquérir la connaissance du bien et du mal, et la première chose que tu fais, c’est de blâmer ta femme ? Faut consulter !…

adamEveExtrait de «D.ieu réprimande Adam et Eve»
Domenico ZAMPIERI (vers 1623 – 1625)

Bouquet final

Alors, au sortir du jardin d’Eden, Adam fait une très jolie chose, rarement relevée dans les interprétations : après avoir reçu sa punition, au lieu de frapper sa femme comme le ferait n’importe quel abruti, il lui donne un nom ! Il cesse de l’appeler «femme», et décide de la prénommer «EVE» ! Ce prénom signifie «mère de tout ce qui vit». Pourquoi la plupart des gens qui lisent la bible ne sont pas touchés par ce beau final ? Pourquoi l’image que l’on garde en mémoire est celle d’une femme nue qui aguiche un homme innocent avec une pomme bien rouge ? Franchement, si une personne m’avait fait une telle vacherie (privé du jardin d’Eden, ce n’est pas rien !), je ne lui aurais même pas donné un surnom ! Adam a forcément compris un truc que la plupart des lecteurs n’ont pas compris…

Permettez-moi une interprétation : pour donner un nom comme ça à sa femme juste après une éviction, il faut être sacrément amoureux ! Cet élan d’Amour fait de lui un être proactif, car au lieu de se plaindre de son sort et de blâmer la personne immédiatement disponible, il élève au rang qui lui revient la femme qu’il a injustement accusée. Il s’incline devant celle qui donnera la vie dans la douleur, reconnaissant qu’il a une grande part de responsabilité dans la faute : il a donné au serpent de quoi nourrir sa stratégie.

Eve, toi qui me lis en ce moment, si un jour un petit homme t’accuse d’être «bête à croquer la pomme». Commence par lui poser une question :

– La pomme ? Quelle pomme ???

Puis tend lui une bible ainsi que ce texte, et propose-lui d’apprendre à lire 😉

A++

Stéphane SOLOMON

17 réflexions au sujet de « Journée mondiale des Droits de la la Femme »

  1. la pomme , quelle pomme ?
    Grâce a elle il a eu accès a l arbre de la connaissance , et conscience de sa nudité , mais un moment de honte est vite passé !

  2. Il y avait longtemps que je n’avais pas lu l’un de tes écrits et celui-ci était bien plaisant et hautement « réflexif »(?)
    Toutefois, je m’interroge….. Pourquoi D.ieu???????
    Aurai-je raté quelque chose?

  3. Bonsoir Stéphane
    Personne n’a jamais dit que la pomme venait du « bouquin », enfin je veux parler du best-seller…
    Elle a été le fruit (tiens, déjà ?) de l’imagination de l’auteur de la première gravure représentant la scène. Il a mis une pomme probablement parce qu’il aimait ça, enfin j’imagine ? Ensuite la pomme a fait son chemin toute seule, Comme quoi, le poids des mots – le choc des photos, ça de date pas d’hier… Et je pense que c’était un bon choix, car force est de constater que la pomme était promise à un bel avenir, comme la Bible. De guillaume Tel, en passant par Maurice Chevalier (Ma pomme, c’est moi-a-a-a, j’suis plus heureux qu’un roi…) jusqu’au iMac Apple duquel je t’écris !
    Remarque bien que pomme, poire, ou scoubidou, je m’en moque, je suis athée et je ne mange ni pommes ni poires, je préfère les fruits exotiques et c’est tant mieux, car je vis sous les tropiques.
    Bon, pas très constructif mon commentaire, je reconnais honteusement, mais je voulais juste faire avancer le schmilblick

    • Bonjour Jean-Claude,

      Oui, bon, d’accord pour le schmilblick… Mais je ne reprendrai que la première phrase :

      – Personne n’a jamais dit que la pomme venait du « bouquin »

      Ah bein si ! Non seulement beaucoup de gens le CROIENT, mais comme je le dis dans l’intro, si on essaye de leur prouver le contraire, ils résistent !

      Quant à l’athéisme, j’en ai également parlé. Les athées ne sont pas forcément délestés des croyances ancestrales. Souvent, ils ont juste renoncé aux pratiques, et parfois ils agissent à contre-croyance. Je connais beaucoup d’athées pour qui la femme n’est qu’un fruit exotique.

      A mon sens, c’est pas mieux…

      Je te souhaite une belle journée ensoleillée auprès des tiens,

      Stéphane

  4. Bonsoir
    Un grand merci pour ce très beau texte Stéphane
    Pour ma part, il fut tout d’abord très instructif car je faisais partie des ignorants qui colportent des informations entendues de génération en génération que l’on retrouve sous d’autres formes dans les croyances limitantes et bloquantes que l’on traine tel un fardeau et pire encore que l’on transmet à nos propres enfants.
    Ce texte donne matière à réfléchir et j’adore. Il n’est pas moralisateur, il ne juge pas mais il permet de pointer le doigt sur certains comportements et leur conséquences au quotidien.

    • Bonjour Sophie,

      Il est rare que la portée de mes écrits soit aussi bien comprise. Je suis vraiment touché. En effet, les CROYANCES partant d’un texte ou d’une parole interprétés au premier degré, peuvent avoir des conséquences dramatiques. Si je m’attaque à la genèse d’une croyance, ce n’est pas pour des raisons religieuses (ou antireligieuses), c’est un symbole qui représente l’ensemble de nos croyances, construite à partir d’une interprétation au premier degré.

      La plupart des amis de mon fils (13 ans) sont convaincus que les blondes sont plus bêtes et plus volages que les brunes. Lorsque les blagues deviennent des croyances, ça devient beaucoup moins drôle…

      Si mon texte n’est qu’une interprétation possible, l’interprétation qui rejette la faute du pêché originel sur la femme l’est aussi. Et cette plaisanterie-là a assez duré.

      Belle journée Sophie

    • Merci pour ce texte très intéressant. Je ne connaissais pas cette interprétation de l’épisode du clonage.

      A en croire ce texte, tous ceux qui ont interprété cette partie de l’Histoire au premier degré étaient très proches de la vérité, puisqu’ils sont tombés sur un os…

  5. Un élément de plus pour l’exégèse de ce beau texte: l’homme, avant la création de la femme, avait été placé dans le jardin « pour le cultiver et le garder ». Le garder? Il y avait donc un danger, la possibilité qu’un élément indésirable s’y insinue. Comment ne pas penser au serpent? La présence de l’animal est aussi une responsabilité de l’homme. Ou plutôt une responsabilité partagée car avant la création de la femme, le mot « adam » peut-être compris comme « être humain », il n’implique pas le sexe masculin.

    • Oui Sylvie,

      Adam est le fruit de la terre («adama» signifie littéralement «terre» en hébreu). Les animaux ont existé bien avant lui, ce qui rejoint les théories évolutionnistes. Avant que la femme fasse son apparition, il n’était pas question d’un être-humain sexué. L’homme est donc apparu le jour où sa femme lui et apparue.

      Finalement La Bible, lue avec Amour, est un très beau roman d’Amour…

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