Le prix de la gratuité

Cette histoire date de mars 2011, mais je l’aime toujours autant, et c’est le moment de faire un rappel :

L’anniversaire

Il y a quelques semaines, j’ai été invité à l’anniversaire de ma nièce. Une vingtaine d’enfants s’amusaient dans le jardin et son grand frère, (nous l’appellerons Jess), s’occupait de l’animation sono.

Au bout d’une heure, les petits commençaient à s’ennuyer. Je me suis alors souvenu d’un «numéro comique» qui redonne de l’énergie. Pour cette prestation j’avais besoin d’une musique d’accompagnement :

« La Danse Du sabre »
(d’Aram Ilitch Khatchatourian).

Je demande à mon neveu si je peux utiliser son ordinateur pour télécharger une musique. Il m’installe volontiers devant son PC, je me connecte sur mon compte AMAZON et je trouve mon bonheur pour 89 cts. Au moment de payer, mon neveu me dit :

– Mais tu n’es pas sérieux ? Tu ne vas pas payer un truc que je peux te trouver gratuitement ?

Je lui réponds que je m’en remettrai ! Il insiste… Bon… Je me souviens qu’il faut éviter de dire à un ado « la mienne est plus grosse que la tienne ! », même si on parle de sa carte bancaire. Je laisse faire.

Le pro du téléchargement

Jess lance un logiciel spécial, saisit “La danse du sabre” et retourne avec les enfants. 10 minutes plus tard il revient devant son écran : la recherche ne donne rien. Il envisage alors une « recherche avancée » qui nécessite sa présence devant l’écran. Qu’à cela ne tienne, il laisse la platine tourner, et s’occupe consciencieusement de ma demande. Une demi-heure passe, et il refait surface me disant que mon titre est «un introuvable», mais qu’il n’a pas dit son dernier mot, car il a un plan B !

Contraint de lui rappeler mon objectif (qu’il avait complètement occulté en poursuivant le sien), je lui propose de reprendre sa mission auprès des enfants et je termine mon achat sur AMAZON. Le site a gardé mon dernier panier actif, prêt à être validé. Ah ces marchands ! Ils feraient n’importe quoi pour me soutirer 89 cts !

J’ai pu faire mon spectacle, qui a été très apprécié. Nous avons même enchaîné sur un petit atelier de groupe : chaque enfant a pu exprimer ses compétences.

Le prix de la gratuité

4 jours plus tard, j’ai reçu un courrier électronique de mon neveu, intitulé « Victoire ! ». En pièce jointe se trouvait le MP3 de «La danse du sabre» trouvé gratuitement sur un site !

Je l’écoute : la version est inaudible. Le taux de compression est tel que le morceau est un numéro comique à lui tout seul !

Mais le plus intéressant est la conclusion de Jess :

«Je sais que tu voulais avoir cette musique pour l’anniversaire, donc c’est trop tard, mais je voulais quand-même te prouver que c’était possible de l’avoir gratuitement. La prochaine fois, si tu me préviens à l’avance, je te trouverai la musique que tu veux, et tu ne te ruineras pas sur les sites payants !»

La ténacité paye toujours. Encore faut-il en mesurer le coût… Je récapitule :

  1. Mon neveu a délaissé sa mission pendant une demi-heure, en peinant devant sa machine. Je l’ai trouvé en moins de 2 minutes sur un site marchand.
  2. Il a sûrement passé deux fois plus de temps en recherches diverses pour suivre son plan B, et sans aucun doute un « temps caché » que je n’ose mesurer… Au final, je m’entends dire que mon titre est «un introuvable». Ce titre est toujours disponible en un clic et 89 cts, mais c’est visiblement un pêché capital.
  3. Après l’anniversaire, je n’y pensais plus, alors que Jess a travaillé sur un projet révolu pendant 4 jours (par intermittence, j’espère)
  4. Son résultat est inutilisable. Mon fichier MP3 à 89 cts est inaltérable.

Quelle est l’action la plus coûteuse ?

Nous sommes en pleine démonstration de l’absurdité qui guide les Freebie Seekers de la musique (et plus récemment de tout ce qui est audiovisuel) : leur temps n’a pas de valeur, leur temps n’est pas une valeur…

Lorsque j’ai annoncé cette série d’articles sur le Freebie Seeking (la quête du gratuit), certains lecteurs se sont interrogés sur le rapport avec la gestion du temps ou avec le Développement Personnel. Cette histoire est une première réponse : le gâchis, en terme de temps est absolument phénoménal ! Les lecteurs qui tireront profit de cet article vont commencer à s’en rendre compte dès demain. Les autres resteront dubitatifs puisque leur addiction pour la gratuité ne leur permettra aucune comparaison entre l’avant et l’après…

La notion de «coût» ne concerne pas uniquement l’argent. Elle concerne également la valeur que vous accordez à votre temps, ainsi que la pénibilité de l’action qui pourrait vous rendre ridicule aux yeux de ceux qui vous regarderont vous débattre. Ces échecs successifs avant une victoire contestable, associés au sentiment d’être raillé peuvent affecter considérablement votre estime de Soi, car elle est directement liée au nombre de fois que vous annoncez autour de vous : «je n’y suis pas arrivé !». Même si vous ajoutez juste après «mais j’y travaille…».

Ce qui est également intéressant à remarquer, c’est le fait que Jess n’est ni radin ni fauché. Il a une guitare électrique d’une valeur de 2.000€ qu’il s’est offert avec ses économies. Mais il défend une loi qu’il a instaurée intérieurement (au détriment de la vraie loi) : la musique enregistrée DOIT être gratuite ! Cette loi est tellement précieuse pour lui, que même lorsqu’il s’agit de mon argent et qu’il sait que la dépense ne me mettra pas en danger, il s’oppose à l’achat. C’est viscéral !

Il est très important de comprendre ça, que vous soyez un Freebie Seeker qui se remet en question ou que vous ayez à faire à des personnes qui vous ont étiqueté «gratuit». Cette quête de la gratuité n’a absolument rien à voir avec la taille du portefeuille. Il n’y a pas une proportion plus importante de Freebie Seekers chez les «pauvres» que chez les «riches». Les prétextes sont différents selon le niveau social, mais au fond, c’est le même principe qui est défendu sans aucune conscience des effets néfastes que ce comportement peut provoquer en soi et autour de soi…

Y a-t-il une solution pour faire du Freebie Seeking un vieux souvenir ? Oui ! Et ce n’est pas aussi coûteux qu’on pourrait le croire puisqu’il y a un véritable bénéfice à la clef. Il suffit parfois de changer quelques meubles, pour se sentir enfin chez soi. Les prochains articles vous y aideront.

A++

Stéphane SOLOMON


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