Le sentiment de trahison (1/2)

Vous le savez sûrement, une trahison peut provoquer une perte d’intérêt qu’on pourrait qualifier de «petite mort»… Par exemple, un homme ou une femme trompé(e) pourrait tirer un trait sur la vie de couple. Il y a donc une chose qui était très importante dans sa vie, qui devient impossible. «C’est mort !» Comme on dit…

Actuellement, je coache un entrepreneur qui a été trahi par un employé il y a une dizaine d’années. il n’a pas embauché pendant 5 ans. Puis il a recommencé timidement, mais le rapport qu’il entretient avec ses employés est lamentable. La Confiance de l’employeur qui était en lui est morte… Notre coaching porte justement sur cette Confiance. On pourra alors parler de «résurrection».

Les professionnels de l’aide (psychothérapeutes, coachs, sophrologues, hypnopraticiens, etc.), accompagnent les personne ainsi meurtries afin de les aider à remonter en selle. Dans ce type de prestation, la différence entre le coaching et la thérapie est dans la posture empathique :

Le thérapeute va accompagner une victime. Une personne qui a besoin de se plaindre, de raconter sa triste histoire, de poser des mots sur ses blessures profondes, de se lamenter sur ce que la vie lui a enlevé en plein élan… La victime ne s’attend pas à être contrariée ou à être qualifié de «Responsable», qui dans sa situation émotionnelle est synonyme de «coupable».

Le coach accompagne un futur gagnant qui sait qu’il a rendez-vous avez la réussite. Ce gagnant sait aussi que ça ne va pas être facile… C’est pour ça qu’il se fait accompagner. S’il raconte ses déboires, parce qu’il sait que les problèmes verbalisés vont apporter des solutions. Il s’attend à être bousculé, contrarié, poussé dans ses retranchements… Il sait que la résurrection de sa petite mort passe par des situations inconfortables…

Attention, je ne dis pas que le coaching est meilleur que la thérapie. Il y a des situations où la personne a besoin de s’exprimer en tant que victime avant de retrouver sa résilience. Je dis juste qu’il s’agit de deux processus différents et qu’il ne faut surtout pas confondre l’un et l’autre, ni remplacer l’un par l’autre. On n’entre pas dans un coaching avec des problèmes insurmontables, mais avec des projets plein la tête.

Les paragraphes qui suivent s’adressent à des personnes meurtries par une injustice, mais qui continuent à faire des projets de vie. Il ne concerne pas les personnes en dépression ou en attente «d’empathie du perdant». Si votre envie du jour est juste de blâmer celui qui a provoqué votre «petite mort», lisez-moi demain !

Toujours là ? C’est parti, avec un exemple exagéré :

Roméo et Juliette 2018

Après 6 ans de vie commune, Juliette apprend que Roméo la trompe ! En faisant le point avec lui, elle découvre que ce n’est pas nouveau : Roméo n’a jamais été fidèle ! Dès le lendemain de leur mariage, il la trompait déjà… Juliette le quitte sans sommation et mettra quelques années avant d’envisager de se remettre en couple. Mais elle ne parvient pas à maintenir une relation stable avec les hommes qu’elle rencontre. Pourquoi ? Parce que «les hommes sont tous de salauds !»… Non seulement elle l’a vécu, mais en plus, suite à sa séparation, elle a fréquenté principalement des copines qui ont toutes vécu une histoire glauque avec leur mec. Une croyance, ça s’entretient au quotidien ! La fréquentation de zombies fait partie du processus d’entretient de sa petite mort…

Si Juliette va voir un coach, elle sera surprise d’apprendre qu’il est possible qu’elle se soit trahie elle-même et que Roméo ne l’ait pas réellement trompée, même si il a couché avec des dizaines de femmes…

Comment est-ce possible ? Je vous explique ça à la sauce Roméo :

Pour Roméo, la fidélité du couple n’est pas une Valeur ! Ou plutôt, cette valeur ne lui procure rien d’agréable, et il a décidé de mettre d’autres valeurs conjugales au premier plan : faire des projets à deux, voyager, fonder une famille, organiser des surprises qui font pétiller les yeux de son petit monde… Si vous interrogiez Roméo sur son amour pour Juliette, il vous dira que JAMAIS il n’a donné priorité à une autre femme qu’elle lorsque le choix se présentait. Ses autres relations étaient sans lendemain, et il s’évertuait à le préciser à ses partenaires d’un soir. Il n’y a qu’auprès de Juliette qu’il imaginait son avenir…

Il n’était pas sexuellement fidèle, mais amoureusement il était intègre. Il n’a pas compris la réaction de Juliette lorsqu’elle a décidé de rompre. D’ailleurs, il ne savait même pas qu’elle était fidèle. Il pensait que comme lui, elle aimait sa vie de couple et n’y renoncerait pour rien au monde, tout en appréciant le charme des rencontres éphémères.

Evidemment, si pour vous la Fidélité est une Valeur Fondamentale du couple, ce que j’ai écrit ci-dessus pour «défendre» Roméo vous paraît juste hallucinant. J’avoue que j’ai eu du mal à écrire ça… C’est un véritable exercice de style de «non jugement» que de mettre mon talent d’écriture dans cet exemple…

De la victimisation à la Responsabilité

Juliette n’appréciera pas mon discours concernant Roméo, car j’y sous-entend en filigrane que c’est elle qui a l’a fait souffrir en le quittant (on inverse la victime et le bourreau)…

En réalité, je ne le défends pas ! Et mon discours n’a de l’intérêt que parce qu’il va se clôturer par une question :

– Juliette, comment avez-vous fait pour vous retrouver en couple avec une personne qui ne partage pas vos Valeurs Fondamentales ?

Juliette n’est pas Responsable des tromperies de Roméo. Elle est Responsable de son choix. Bien-sûr, elle pourrait me répondre ceci :

– Je n’ai pas choisi ! Ca a été le coup de foudre entre nous deux, et la fidélité étant une Valeur Conjugal implicite, il n’y avait aucune raison de faire le point là-dessus de façon explicite.

Pour Juliette, comme pour la plupart des gens, il n’est même pas question d’en parler ! C’est automatique : la Fidélité est livrée avec la relation amoureuse… Le problème est que Roméo n’a pas été éduqué comme ça. Donc ce n’est pas automatique pour lui.

(pendant que j’écris, je me dis que Shakespeare doit se retourner dans sa tombe. Aussi, je demande officiellement pardon à William pour le choix de ces prénoms).

Suite à son «accident de vie», Juliette pourra envisager une nouvelle relation de couple en acceptant une idée simple : au lieu de maintenir la croyance selon laquelle tous les hommes sont des salauds, elle peut utiliser son incident de parcours pour nourrir une nouvelle croyance : la Fidélité, ce n’est pas automatique chez tous le monde !

Désormais, sa Responsabilité est de s’assurer, AVANT d’envisager une relation durable, que son homme son homme considère LUI AUSSI que la Fidélité est une Valeur Fondamentale. Même si elle trouve bizarre d’en parler, c’est préférable de se mettre au diapason avec la personne qui partagera sa vie, sur ce qui constitue le ciment du couple.

Comme je l’ai écrit avant de donner cet exemple il est volontairement exagéré. L’exagération va vous permettre de comprendre que parfois, vous RESSENTEZ une trahison là où il n’y en a pas. Non seulement votre partenaire de jeu ne partage pas les mêmes Valeurs que vous, mais souvent, il a assez de délicatesse pour vous prévenir. C’est vous qui faites la sourde oreille en vous disant qu’il est impossible de vivre autrement qu’avec vos valeurs (ou que vous allez réussir à changer l’autre, et le transformer en quelqu’un de bien).

J’espère que cette première partie VOUS a été utile pour commencer à ressusciter vos petites morts…

Dans la deuxième partie de cet article, je vais rendre Roméo et Juliette à Shakespeare pour utiliser un exemple plus spécifique à notre relation vous et moi. Le but étant de rappeler mes Valeurs Fondamentales afin que ni vous, ni moi, ne nous sentions trahis à l’avenir.

A++

Stéphane

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lalou
lalou

j’attends la suite – merci. Nous avons tous notre parcours de vie

autissier jean-louis
autissier jean-louis

Merci Stéphane, à partir de cet exemple de préciser que l’implication,ne l’est pas forcément et qu’expliciter prévient les futurs desappointements!
Cependant cela équivaut à passer un contrat avec ses divers points quasi exhaustifs alors que cela peut être interprété comme de la méfiance injustifiée qui parasite le début d’une relation tant professionnelle que personnelle !
Il paraît important, pour moi que chacun soit sur la même longueur d’onde ou partage le même langage (cf Gary Chapman avec ses cinq langages de l’amour).
Et je pense que c’est là que toi, coach, peut nous aider à la présentation de ce point de vue
Telle est ma contribution., encore merci. !

daniele
daniele

Je suis confrontée aujourd hui à une « personne qui a besoin de se plaindre, de raconter sa triste histoire, de poser des mots sur ses blessures profondes, de se lamenter  » du moins c est ma perception et peut être fais je erreur sur ses valeurs. Je compare inévitablement ce que je ressens comme un mal être et de la complaisance aux situations régulièrement inconfortables dans lesquelles je me mets volontairement et avec enthousiasme pour me sortir d un immobilisme non productif, voire destructeur ou au moins limitant. A l origine de cette différence d attitude sans doute une faute d écoute et d échange . Si cela est une experience d échec actuel avec cette personne qui ne reagit pas dans le sens où je le voudrais, c est aussi la raison pour laquelle je m efforce d être mieux à l’ ecoute des gens qui m entourent, quelle que soit la raison de notre relation, pour décider si nos valeurs s accordent et eviter tout quiproquo hâtif. Je retiens cette expression courante  » cela va mieux en le disant ». Merci de cette possibilité d appropriation en même temps que de transparence et nul doute qu’il n y aura pas sentiment de trahison entre nous.

BONNEVAY Evelyne
BONNEVAY Evelyne

Merci Stéphane, Excellent article, comme toujours. Je voulais juste préciser qu’en tant que psychothérapeute, je ne maintiens pas mes patients dans la plainte. Je prends note de leur souffrance et de leur histoire comme des indicateurs d’outil thérapeutique et je le leur explique afin qu’ils sortent de leur posture de « victime  » et se mettent en mouvement pour en sortir. S’ils persistent dans leur comportement, je finis par rechercher le bénéfice secondaire qu’ils ont à se maintenir dans cette posture de victime et je leur en fait prendre conscience. Et là, où ça passe, et on continue la thérapie, ou ça casse car malgré tout, ils préfèrent leur état de victime. Je tenais juste à préciser que les thérapeutes ne persistent pas tous dans l’écoute de la plainte . On est là aussi pour accompagner vers « comment j’en sors et vers quoi je veux aller ». Bref, on coache un peu aussi …
Cordialement
Evelyne

daniele
daniele

Bonjour Evelyne,
Et qd « ça casse », si cela signifie que la thérapie s arrête, quelle est la suite pour cette personne à l état de victime?

jacob vladimir balga
jacob vladimir balga

il y a une population qui vogue de thérapeute en thérapeute, jusqu’à la ce que la thérapeute débusque le fonctionnement de plaintif abandonnique, ou le plaisir sadique de mettre l’accompagnant en echec, ou le bénéfice secondaire maso de reproduire à l’infini la relation affective sur le mode auto-destruction.
soit il y a acceptation de passer à la phase suivante qui mène vers un autre scénario : pansage des blessure, de l’enfant bléssé qui reproduit scénario, et changement de paradigme. soit rupture, et le patient va trouver un autre thérapeute inexpérimenté, pour l’épuiser, le pomper, le manipuler, et croire qu’il le met en echec, alors qu’il ne fait que détruire sa vie.

daniele
daniele

Merci de cet éclairage. Je crois que j y trouve effectivement une explication dans la volonté consciente ou non de mise en echec du therapeute et l’illusion de « gagner » pour toujours mieux se plaindre et se détruire.

armand
armand

L’explication de l’infidélité de Roméo n’est nullement satisfaisante a mon esprit, car le mariage implique de manière explicite (ce n’est pas moi mais Mr. le curé) la fidélité. Le mariage comporte donc un contrat que les deux parties ont signé et que l’une n’a pas respecté, donc Roméo est clairement coupable d’adultère.

Il aurait tout de même pu prévenir avant le mariage qu’il était un chaud lapin coureur de jupon, évitant a Juliette des déconvenues fort tristes et une mauvaise idée de la gent masculine. 😐

Christelle
Christelle

 » Pour Roméo, la fidélité du couple n’est pas une Valeur ! Ou plutôt, cette valeur ne lui procure rien d’agréable, et il a décidé de mettre d’autres valeurs conjugales au premier plan : faire des projets à deux, voyager, fonder une famille, organiser des surprises qui font pétiller les yeux de son petit monde… »

Il est étonnant de placer la sensation d’agrément comme sa définition de valeur.

J’ai ici l’impression au contraire qu’une valeur est liée à un/des efforts et que la maîtrise de soi à à voir avec.

Quand au plaisir de faire plaisir aux autres et de créer de la légèreté autour de soi, c’est un peu altruiste mais surtout de nos jours liés à un enracinement dans le consumérisme et les achats plus ou moins impulsifs…

Et ceci est difficile d’en prendre conscience tant d’un côté que de l’autre du couplé.

Valérie F.O
Valérie F.O

C’est juste superbe!! merci Stéphane 🙂 Et tout en te lisant, je fais le parallèle avec la relation professionnelle (que tu évoques au début. Cela aurait pu être ton exemple). La trahison peut être ressentie professionnellement parlant. La connaissance de mes valeurs fondamentales, c’est un job que je fais régulièrement car les valeurs restent mais elles peuvent bouger sur l’échelle d’importance. Je me suis rapprochée de partenaires dont les valeurs concordaient avec les miennes…. et je me sens trahie par le non respect de leurs valeurs affichées. Je viens d’en prendre conscience en te lisant et la colère qui monte en moi depuis des mois semble retomber comme un soufflé…. j’ai compris. Donc? Que vais je faire de cela? Clairement réduire mes attentes. Mais suis je dans la bonne énergie pour avancer? Respecter mes valeurs, c’est me couper de partenaires potentiellement aidant et cela me fait devenir quelqu’un que je ne reconnais pas (ou une part de moi que je ne voulais pas libérer de moi?). Merci encore pour tes écrits toujours éclairants même si je prends peu de temps pour tous les lire…celui-ci m’a appelée si fort!! 🙂

Isabelle E-C
Isabelle E-C

Toujours aussi intéressantes tes publications.
Je vais entamer une identification des valeurs des personnes avec lesquelles j’entretiens des rapports parfois « abrasifs ».
Et pour ceux qui pensent que mettre des étoiles dans les yeux de ceux qu’on aime en créant la surprise et en savourant la vie, bref que l’hédonisme et la recherche du bonheur ne sont pas des valeurs, je pense pouvoir leur dire nous n’avons pas ces valeurs en commun mais elles sont centrales dans ma vie.

douyere
douyere

bonjour Stéphane merci pour ce beau texte. J y vois effectivement des références à Chapman et aux accords Tolteques. Veillons à ce que tout soit toujours clair et compris pour continuer l aventure. Vive la vraie communication. J ai été trahie, trompée dans le cadre professionnel lorsque je pensais que les échanges étaient limpides et partagés. Maintenant je veille à ma propre communication et utilise des moyens pour être certaine que tout est sur la même longueur d’ondes.