Le voyages à Tahiti (2/2)

Cet article est le deuxième volet de l’histoire (fictive mais très inspirée) de Natacha à Tahiti. Pour l’apprécier, il convient de lire d’abord la première partie.
 
—-
Natacha s’en va donc à Tahiti. Mon entreprise de conciergerie l’accompagne comme une VIP. Elle revient au bout de 15 jours…
Je l’interroge :
 
– Alors ? Tu as réalisé ton rêve ?
 
– Ah ne m’en parle pas !!! Tu peux te les garder tes cadeaux empoisonnés !
 
– Comment ? Mais je ne comprends pas… Qu’est-ce qui s’est passé ? Je l’ai payé très cher ce séjour, il fallait que le service soit tip top ! Raconte-moi !
 
– Alors déjà il m’a fallu 22h d’avion pour arriver.
 
– Je comprends… Je suppose que lorsque tu rêvais de Tahiti, tu y étais instantanément. Mais lorsqu’on réalise ses rêves, il y a un principe de réalité incontournable : et en cette époque, il faut un effort de 22 heures. Il y a encore 100 ans, il t’aurait fallu des mois !
 
– Oui… C’est vrai que je suis ingrate, mais il m’a fallu 3 jours pour m’en remettre.
 
– Bon… Ca c’est ton métabolisme. Mais il y a quelque chose en rapport le service que j’ai payé au prix fort, et qui s’est mal passé ?
 
– Oui ! Lorsque je suis arrivé, ils m’ont demandé si je voulais aller dans un hôtel 5 étoiles ou dans un faré traditionnel ?
 
– Et qu’as-tu choisi ?
 
– Le faré, bien-sûr !
 
– Pourquoi dis-tu «bien-sûr». Ce n’est pas une évidence ! Il y a des gens qui préfèrent l’hôtel 5 étoiles avec piscine, sauna et room-service 24h/24h.
 
– Ah mais moi aussi je préfère l’hôtel !
 
– Alors pourquoi as-tu choisi le faré ?
 
– Pour ne pas abuser ! Je suppose que l’hôtel 5 étoiles coûte un bras ! Si on m’avait proposé un 3 étoiles, j’aurais peut-être dit oui.
 
– Mais je t’ai répété plusieurs fois que c’était OFFERT ! Pourquoi tu me parles d’argent ?
 
– Si c’était vraiment offert, pourquoi on m’a proposé un faré ? Il fallait m’emmener à l’hôtel ! Elle est débile cette question !
 
– Tu plaisantes ? Il y a des gens qui préfèrent 1.000 fois le faré traditionnel. Pour eux ça représente le «rêve tahitien». On t’a laissé le CHOIX pour que tu prennes ce que tu as ENVIE de prendre. Ce choix faisait partie du cadeau.
 
– Ah bon ?… Bon ben j’ai fait le mauvais choix… Mais ils auraient pu faire l’effort de me poser la question de façon plus explicite. Toi au moins tu sais présenter les choses. Mais là-bas à part leurs faux sourires béats…
 
– Ah ben tiens… Voilà autre chose. Il y a 15 jours, lorsque tu m’as parlé des cadeaux de la vie, tu as cité les sourires comme les choses que tu savais apprécier.
 
– Ici, en France, oui ! Mais là-bas, c’est du faux ! Ils sourient aux touristes parce que c’est grâce à eux qu’ils vivent !
 
– Pardon ?
 
– Je l’ai lu dans une brochure dans l’avion : le tourisme est l’une des principales ressources économiques de l’île.
 
– Et donc, ça en fait un faux sourire ?!!!
 
– Ben oui !
 
– Ah bon ! Moi je suis plus souriant avec les gens qui me font vivre qu’avec les gens qui me font mourir… Mais je dois être spécial !
 
– En tout cas même la bouffe était dégueulasse !
 
– Pardon ??? Pourtant j’ai demandé à ce qu’on te serve comme une VIP. Je crois que je vais appeler mon service juridique pour qu’il demande un remboursement, voire un dédommagement.
 
– Mais ils ne m’ont pas servi… J’ai fait des courses et je me suis fait ma cuisine dans le faré. Ne me dis pas qu’ils t’ont fait payer des repas ?
 
– C’était payé d’avance ! Un forfait VIP tout compris.
 
– Attends… Tu vas me dire que le gars édenté qui frappait à ma porte chaque matin et qui me proposait un plateau de fruits exotiques à se taper le cul par terre de plaisir, était déjà payé ?
 
– Bien sûr ! Et il n’y a pas que le petit déjeuner. Tant que tu étais dans le lieu que je t’ai réservé, tous les repas étaient compris.
 
– Et les femmes de chambre qui me proposaient de changer les draps et de faire le ménage, c’était offert aussi ?
 
– Evidemment !
 
– Et le vélo qui m’a coûté 50€ pour une seule journée, c’était gratuit peut-être ?
 
– Tu as abîmé un vélo ?
 
– Non mais j’ai donné un billet de 50€ au gars qui me l’a loué, et il ne m’a pas rendu la monnaie !
 
– Il avait l’air content ?
 
– Ça oui ! On aurait dit un chien qui faisait la fête…
 
– C’est sûr qu’un pourboire de 50€, là-bas, c’est un chouette cadeau.
 
– Mais ce n’était pas un pourboire !
 
– Pour toi non. Mais pour lui oui, puisqu’il a été payé avant que tu arrives…
 
– C’est pour ça qu’il me souriait tout le temps quand je passais à côté de lui ?
 
– A mon avis, il sourit encore à chaque fois qu’il pense à toi…
 
– Ce n’est pas drôle ! 50€, c’est beaucoup pour moi !
 
– Dis-toi que pour lui, ça représente 2 à 4 fois plus… Tu as bien dormi au moins ? J’ai vu qu’il y avait un grand lit avec une moustiquaire à toute épreuve.
 
– Parce qu’il était pour moi ?
 
– Pour qui alors ?
 
– Je ne sais pas moi ! Il y avait un grand lit au centre de la pièce et un petit lit sur la petite mezzanine. Tu vas me dire que j’avais le droit de dormir dans le grand lit ?
 
– Mais je ne comprends pas ! L’ENSEMBLE du faré était à toi. Pourquoi tu n’en as pas profité ?
 
– Parce que je me suis dit que tu allais peut-être me coller un couple de colocataires qui ont gagné à ta loterie bizarre… C’était trop pour moi tout ça !
 
– OK… Je peux te reposer une question ?
 
– Vas-y !
 
– Natacha, saurais-tu apprécier tout ce qui t’est donné si tu ne fais aucun effort pour l’obtenir ?
 
– Je t’ai déjà répondu oui !
 
– OK, je vais te la poser autrement, parce que sur papier, c’est toujours oui… Si je t’avais fait payer 3€ par jour pour ton petit déjeuner, est-ce que tu aurais laissé entrer le gars édenté tous les matins ?
 
– Bien sûr !
 
– Et si un matin il n’avait pas frappé pas à ta porte, serais-tu allée au point accueil pour dire à l’hôte qu’on t’a oubliée ?
 
– Oui…
 
– OK ! Alors je demanderai à la prochaine personne que j’inviterai, de faire l’effort de payer 3€ par jour. Comme ça elle s’autorisera un beau petit déjeuner servi par un gars édenté… Même si ça ne change rien pour moi. Je le ferai pour elle.
 
– Tu vas finir par me culpabiliser. C’est une erreur : l’erreur est humaine !
 
– Ce n’est pas une erreur Natacha. C’est une série d’erreurs toutes basées sur la loi «tu n’abuseras pas !» : le choix du faré, le petit déjeuner, le vélo, le petit lit… Tu avais l’abondance à ta portée, et tu as tout repoussé pour ne pas abuser… Supposons que tu aies fait l’effort d’économiser pour t’offrir l’hôtel 5 étoiles…
 
– Oula ! Il m’aurait fallu des années ! Peut-être 3 ans !
 
– Justement… Après 3 ans d’efforts et en payant une somme importante, tu aurais fait le choix de faré ?
 
– Non ! J’aurais exigé d’avoir le service que j’ai payé.
 
– Voilà ! Tu veux que tes efforts payent ! Ça te rend exigeante, et donc tu profites mieux lorsque tu fournis un effort…
 
– Donc selon toi, il faut inventer de faux obstacles parce que l’effort permet de mieux apprécier ce qui nous est offert ?
 
– C’est ça ! Imagine par exemple, qu’un prof d’anglais te propose une formation en ligne pour 50€. Une super formation qui va te permettre de parler anglais couramment. Tu vas dire oui ?
 
– A ce prix-là je vais sûrement me risquer…
 
– Super ! Tu t’inscris, tu payes et tu ne reçois rien ! Pas un mail, pas une vidéo, que dalle ! Tu vas réclamer ton dû ?
 
– Evidemment ! Il va m’entendre le salaud !
 
– OK. Maintenant on remonte dans le temps, on oublie les 50€. Ce même prof te propose sa formation en cadeau. Tu t’inscris, tu ne paies pas, et pareil tu ne reçois rien, que dalle ! Tu vas réclamer ton dû ?
 
– Non… Je serais trop gênée de rouspéter alors que c’est gratuit.
 
– Voilà ! Il est là le problème : quand tout t’est livré sur un plateau, tu ne sais pas apprécier ce qui t’est offert.
 
– Mais il n’y a rien d’offert puisque je ne reçois rien !
 
– Mais si ! Parce que si je reprends le scénario numéro 1, celui où tu payes 50€ et tu contactes «le salaud», il va t’expliquer que le premier e-mail est probablement dans tes spams. Tu vas sortir ce courrier de là, et tes autres mails arriveront comme promis.
 
– Oui mais dans ce cas, c’est pareil dans le cas de la formation gratuite…
 
– Dans l’absolu oui ! Mais concrètement, comme tu n’oseras pas le contacter, tu ne le sauras jamais ! Tu vas juste croire qu’il t’a menée en bateau pour des raisons inconnues.
 
– C’est vrai !
 
– Pour moi c’est pareil… Il va falloir que je trouve des stratégies pour que mes invités acceptent ma générosité. Je vais devoir leur demander de fournir des efforts préalables, pour qu’ils ne reviennent pas du voyage en me disant que je leur ai fait un cadeau empoisonné.
 
– Et tout ça à cause de moi ?
 
– Comment peux-tu croire que tes réactions sont sans conséquence ? Je ne peux pas faire comme si de rien n’était. C’est la moindre des choses de tenir compte de ton parcours pour organiser le prochain voyage.
 
– Tu crois que tout le monde est comme moi ?
 
– D’après l’expérience du prof d’anglais, c’est le cas de la majorité…
 
– Ah parce que cette histoire est vraie ?
 
– Plus ou moins… Ce n’est pas un prof d’anglais, c’est un ami coach. Il s’appelle Stéphane SOLOMON et il se démène pour rendre le coaching accessible à des gens qui ont des petits moyens. Mais plus il mâche le travail, moins ses prospects savent apprécier ce qu’il met à leur disposition.
 
– Tu as dit Stéphane SOLOMON ?
 
– Oui !
 
– Ah mais je le connais ! C’est le rigolo qui fait des lives gratuits sur Facebook !
 
– Voilà voila…

11 réflexions au sujet de « Le voyages à Tahiti (2/2) »

  1. Bonjour,
    Il m’a fallu bien plus que 20 ans pour que je puisse comprendre où est le hic pour la personne qui « reçoit » le cadeau qu’elle a accepté.
    Quand je suis à table, en groupe, je ne propose plus systématiquement de faire le service et je me laisse servir ou je me sers seule : Charité bien ordonnée commence par soi-même. En quelque sorte, j’ai l’impression de pouvoir recevoir ma part de repas, sans contre-partie de ma personne quand je suis à table.
    Difficile exercice que de trouver de l’équilibre dans le recevoir / donner, on est nombreux à trouver que c’est juste dans le donner / recevoir, en oubliant de savoir recevoir.

  2. Ah oui, c’est compliqué, entre ce qu’on n’ose pas dire ou faire et ce que l’on interprête de travers, il y a plein de mauvaises raisons d’en vouloir a son entourage.
    Donc merci pour cette histoire.
    Emmanuel

  3. Voilà ce à quoi je m’attendais au regard des changements que j’observe autour de toi.
    -Alors? Tu as réalisé ton rêve ?
    -Ah oui! Merci !
    -Tu veux bien m’en parler ?
    -Bien sûr ! Ce sera mon cadeau !
    -J’accepte volontiers
    -Déjà, comme il y avait 22heures d’avion, j’avais emporté des livres que je n’avais pas pris le temps de lire jusque là. Bon ok pas tant que ça puisque tu m’as évité le voyage de plusieurs mois en bateau.
    -C’est vrai qu’il y a 100 ans je n’aurais pas eu le choix.
    -C’est bien que tu me parles de choix car à l’arrivée, j’ai du choisir entre un hôtel 5 étoiles ou un faré traditionnel.
    -Qu’as-tu choisi ?
    -Les 2 bien sûr !!!
    -Comment as-tu fait ?
    -J’ai demandé si c’était possible et on m’a assuré que oui, que tout était déjà réglé. J’ai donc commencé par profiter de la piscine, du sauna et du room-service 24h/24 pour me remettre du voyage.
    -Tu as bien fait de demander !
    -Oh oui!!! Mon métabolisme n’a eu besoin que de 2 jours (sourire). Ensuite, à ma demande, un chauffeur m’a menée au faré. Quel luxe, je ne m’attendais pas à tant !
    -Pourquoi?
    -Parce que mon imagination a plus de limites que j’imaginais.
    -A quoi n’avais-tu pas pensé ?
    -Un si grand lit pour moi. Quel bonheur de pouvoir se retourner sans tomber par terre !
    -Je veux bien te croire !
    -Et recevoir chaque matin un plateau de fruits exotiques mûrs à points, j’avais le goût dans la bouche déjà avec leur parfum… Un régal ! Je suis même sûre que le sourire de celui qui me les apportait à contribuer à me faire apprécier ces fruits que je n’aime pas manger en métropole.
    -…
    -Je dois quand même t’avouer que j’ai dépensé de l’argent à moi là bas.
    -Tu vois, j’étais sûr que tu ne saurais pas profiter d’un cadeau sans effort !!!
    -En fait, dans l’avion j’ai vu sur une brochure que le tourisme est une des principales ressources économiques de l’île. Comme je n’avais rien à débourser, j’en ai profité pour laisser des pourboires. Tu aurais vu la danse de la joie quand j’ai laissé 50€ au loueur de vélos !
    -50€? Mais tu ne tournes pas rond! Tu te rends compte que pour lui ça représente 2 à 4 fois plus que pour nous !
    -Ah ouais…. mais t’aurais vu son sourire !!! Ça n’a pas de prix !
    -Je suis surpris que tu es réussi à autant en profiter.
    -Tout le monde n’est pas comme moi ? Tu as l’air déçu… Comme un scientifique faisant une expérience et n’obtenant pas le résultat attendu…
    -Disons que j’ai un ami coach. Il s’appelle Stéphane Solomon et il se démène pour rendre le coaching accessible à des gens qui ont des petits moyens. Mais plus il mâche le travail, moins ses prospects savent apprécier ce qu’il met à leur disposition.
    -Tu as dit Stéphane Solomon ?
    -Oui.
    -Ah mais je le connais ! C’est lui qui m’a appris que le troisième choix c’est les 2! Je file le remercier !

    • Merci Mélina !
      C’est chouette les cadeaux !!!!

      Merci Stéphane pour la leçon magistrale. Entre auto-conditionnement et éducation, il faut détricoter et mettre en place les axes d’amélioration qui nous conviennent.

      Lau

  4. Oui merci pour ce cadeau de coaching.
    Je pense que l’histoire peut se poursuivre si la personne a fait un effort et bénéficié d’avancées avec le 1er coaching, et a du mal à envisager de payer une deuxième fois.
    Aller vers, d’accord.
    Progresser sur son chemin, d’accord.
    Mais jusqu’où ? Et jusqu’à quand ?
    Le titre le dit bien, c’est « aller vers » et non pas « atteindre son but ». Tout est dans le chemin parcouru…
    C’est vrai que c’est addictif ton coaching alors il est difficile de ne pas s’imaginer devenir dépendant de ces mails et webminaires… Mais de là à enchaîner les coaching… ??

  5. Stéphane, j’adore ton humour… Voilà Voilà , c’est dit.
    Le Driver sous-jacent, dont j’ai eu du mal à me défaire (c’est pas encore tout à fait gagné), c’est : « on n’a rien sans rien ». ou alors « on en a toujours pour son argent », ou encore « tout ce qui est gratuit est trop cher ».
    Pour répondre à Christelle, je lui dirais qu’effectivement c’est assez addictif, mais comme j’apprends toujours quelque chose ou je découvre une autre façon de voir les choses, je pense que ça vaut le déplacement !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *