Nommer, pour mieux faire face

J’avais 14 ans… Le médecin de famille venait de passer pour essayer de diagnostiquer un mal dont je souffrais, et malgré les nombreux symptômes, il ne trouvait rien à se mettre sous la dent. Il a donc misé sur la croissance et autres problèmes de l’adolescence.

De quoi je souffrais ? De douleurs musculaires, d’une incapacité à me concentrer plus de 10 minutes sans somnoler, d’une fatigue générale, du sentiment régulier de m’être absenté de ma vie pendant de longues minutes, d’un manque d’appétit, d’une soif permanente, et d’une envie d’aller uriner toutes les heures.

Le pire était le pipi au lit… L’envie d’uriner me sortait de mon sommeil la plupart du temps, donc je me levais 3 à 6 fois par nuit, mais lorsque je rêvais que j’allais aux toilettes, je ne distinguais le rêve de la réalité que trop tard… J’ai fini par utiliser une technique de malade : avant d’aller aux toilettes je vérifiais si je dormais ou pas, en tentant de m’envoler ! Si mes pieds décollaient du sol, c’était signe que je dormais et que je devais me réveiller… J’ai découvert bien plus tard que cette technique porte le nom de «rêve lucide», à ne pas confondre avec le «rêve éveillé» (mais ce n’est pas notre sujet).

Quelques semaines après le début des symptômes, ma grand-mère a eu la présence d’esprit de parler de mes problèmes à son médecin. Il a immédiatement soupçonné un diabète juvénile de type 1. Une prise de sang a confirmé le diagnostic. Il m’a alors expliqué que j’allais pouvoir vivre normalement avec cette maladie en faisant 3 piqûres d’insuline par jour (à l’époque). Ma mère s’est mise à pleurer… Moi, je me sentais déjà mieux, et mon cœur battait de joie et d’espoir…

Effet immédiat

Pour quelle raison je me sentais déjà mieux, même physiquement ? Parce qu’avant qu’un NOM soit posé sur ma maladie, je croyais que j’allais mourir ! Et soudainement, un mot a été lâché : DIABETE.

Bien qu’il s’agisse d’une maladie incurable et demandant un suivi quotidien, je savais que des chercheurs travaillaient dessus, qu’il y avait des médecins spécialisés et des médicaments disponibles en pharmacie. Je n’étais pas victime d’une maladie orpheline : j’avais un problème connu et reconnu ! Je n’ai pas attendu ma première piqûre d’insuline pour me sentir mieux… Je me suis senti immédiatement plus en forme : dès que le nom de mon affection a été lâché. Prêt pour l’action !

Time-Coach ou la «guérison spontanée»

Pourquoi je vous parle de ça dans une page d’Auto-Coaching ? Parce que ça me rappelle des dizaines de témoignages lorsque j’ai donné la définition du mot «procrastination» dans mon programme Time-Coach. Dans le module 4, j’ai rappelé que tout le monde procrastine quelque chose (au profit d’autre chose). Le simple fait de NOMMER le syndrome, de le décrire et de ne pas en faire une maladie honteuse, a permis à beaucoup de gens de s’assumer d’abord comme procrastinateurs, puis de chercher des solutions pour faire face à leurs procrastinations non constructives.

Un de mes lecteurs, Patrick, a très bien résumé le phénomène :

Avant, je procrastinais ma vie en allumant la télé.
Aujourd’hui, je procrastine la télé en allumant ma vie…

Connaissant le potentiel d’expression de Patrick, je peux vous assurer que la télé n’est qu’une métaphore (un exemple). Allumer Facebook pour y épuiser des heures inconsistantes relève du même type de procrastination. Idem si vous lisez des livres ou des magazines qui ne provoquent que du ressentiment.

La psychologie moderne explique très bien ce phénomène de «guérison spontanée» : c’est lié au fait de ne pas se sentir seul… Si un NOM est donné, c’est qu’il y a d’autres personnes qui souffrent du même problème. Tout le monde procrastine. De fait, la gestion du temps implique une meilleure gestion de ses procrastinations.

Lâchons un autre mot…

Je voudrais nommer un autre «trouble» qui affecte visiblement une bonne partie de mes lecteurs. Il est intimement lié à la procrastination, et j’ai un peu honte de ne pas vous en avoir parlé plus tôt. Du coup, je vais en faire tout un programme… Je ne vais pas faire payer l’entrée, bien-sûr, car il est impossible à vendre à la cible directement concernée. Cette «maladie» porte le nom de :

Freebie Seeking

«Freebie» signifie «Echantillon» ou encore «Bonus». Quant à «seeking», c’est l’action de chercher avec beaucoup d’énergie et de méthode (une sorte de quête). Il faut aussi se rappeler qu’en anglais, «malade» se dit «sick». Le jeu de prononciation nous amène à associer le «Freebie Seeker» à un «malade du gratuit» !

En France, dans le milieu du marketing, on utilise soit le terme «Freebie Seeker», soit «junkie du gratuit», et puisque le MOT est lâché, cela signifie que le problème est reconnu, que ce n’est plus un phénomène isolé et qu’il y a des chercheurs qui bossent dessus ! C’est comme le diabète : ça se soigne !

Ceci-dit, les pros du marketing ne sont pas des infirmières. Ils ne cherchent pas à guérir le trouble, mais à détecter les «Freebie Seekers» pour les mettre hors-jeu au plus vite. Ils représentent, en effet, un véritable danger pour le commerçant. L’essentiel des techniques ne consiste donc pas à aider le «Freebie Seeker» à devenir consommateur, mais plutôt à faire en sorte qu’il ne fréquente plus jamais la boutique.

Pour ma part, avant d’en arrive à cette extrémité, je préfèrerais AIDER les «Freebie Seekers» à identifier leur propension à consommer du gratuit. Bien-sûr, vous pourrez y voir de l’intérêt personnel (et vous avez raison), mais je suis partisan du Gagnant/Gagnant. En lisant mes prochains articles vous découvrirez, quelle que soit votre propension à vous accrocher au gratuit, que vous vivrez bien mieux en prenant le contrôle sur cette «maladie».

Elle est à l’origine de la plupart des «manques» : le manque de temps, le manque de Confiance en Soi, et même (contre toute attente), le manque d’argent. Y faire face vous permettra de résoudre la plupart des problèmes liés à la procrastination, et si vous exercez une activité professionnelle, à la Conscience de votre valeur.

Vous n’êtes pas un Freebie Seeker ? Vous vous demandez à quoi pourraient vous servir ces articles ? J’ai deux réponses à vous donner :

  1. Il existe certaines formes de Freebie Seeking insoupçonnées. Dans le monde dans lequel nous vivons, nous sommes tous plus ou moins atteints par cette attirance pour le gratuit (sans en faire une maladie). En remédiant à ces «petits écarts», (plus facilement qu’un maladif), vous allez faire des progrès énormes.
  2. Il est possible que vous soyez victime de «Freebie Seekers» qui viennent détruire vos efforts de vous distinguer. Vous devez vous en douter : ces dernières années, j’ai eu l’occasion de les étudier. Je peux donc vous aider à les identifier, et comme votre métier n’est pas de les aider à s’en sortir, vous apprendrez grâce à ce programme comment vous en préserver. Ça aussi, ça vous aidera à progresser !

Ces articles seront gratuits, mais ceux qui y trouveront de la valeur pourront contribuer à ce programme en payant ce qu’ils veulent !

Le modèle économique du PWYW (Pay What You Want) est un excellent modèle pratiqué par quelques rares commerçants qui s’adressent à des communautés d’acheteurs. Il est difficile de faire le tour des vertus du PWYW en quelques mots.

Pourquoi le modèle PWYW n’est-il pas plus connu et reconnu ?

Parce que tant qu’il y aura des «Freebie Seekers», le PWYW sera réduit à l’état d’expérience… Une expérience que je vous invite à tenter.

Bien sûr, je continuerai à publier des articles sur d’autres sujets que le «Freebie Seeking», mais ce sera le sujet central de la rentrée.

Vous pouvez commencer à alimenter le débat ci-dessous, en posant des questions relatives à cet article et à ce qu’il vous évoque.

A++

Stéphane SOLOMON

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Mélina Pereira
Mélina Pereira

Cet article me ramène à mon rapport à l’argent et ce qui me met mal à l’aise c’est le PWYW. Je ne connais pas la valeur des choses, les prix m’étaient cachés ( encore le weekend dernier, j’ai récupéré le piano sans avoir le droit de connaître le prix de son achat il y a plus de 25 ans). Lorsque je réfléchis à quel pourrait etre le montant de ma participation, j’ai toujours le sentiment que ce n’est pas suffisant et généralement je préfère ne pas participer

Daniele
Daniele

pwyw,
En théorie j aime bien et si je vendais qq chose, c’est certainement le concept que je préférerais, en pratique pas trop. Donner trop peu et c’est injuste et vexant, donner trop, cela peut être mal perçu ou gênant. Même difficulté pour les cadeaux, les collectes pots, les pourboires. C’est plus pour moi une difficulté de choix et de l assumer et que la dépense reste raisonnée. Donc en général, j accepte le deal qd même, je paye mais avec une inquiétude latente ou me fie à ma connaissance des prix ou une recherche. Et qd les coûts sont partagés, j’espère juste avoir une bonne idée du nb de participants et qu ils aient une démarche similaire ou complementaire ni en quelque sorte me faire avoir. Pour en revenir au freebie seeking, c est la méconnaissance du modèle economique, de l impact et du coût qui me font « fauter » ainsi peut-être que d avoir une entreprise à payer plutôt qu une personne reelle et identifiée en face de moi dont je peux imaginer le travail concret.

geneviève rozental
geneviève rozental

Moi, au contraire j’en ai marre de tous ces cadeaux publicitaires qui vous arrivent avec la moindre commande et dont je n’ai rien à faire.

Bertrand
Bertrand

Merci pour cette généreuse et intéressante initiative Stéphane! 😉

Myriam
Myriam

Je n’avais jamais entendu ce mot ! D’ailleurs je n’avais pas non plus immaginé que cela puisse être un « sujet », c’est à dire une pratique active et généralisée.
Mais ça m’intéresse ce programme. Je sens que je vais y découvrir des pépites qui vont m’aider !

D’ailleurs je me rends compte à quel point, je le voyais sous un autre angle : Je croyais que globalement on « tombait dans le panneau » (et qu’on s’en rendait compte à un moment). À l’époque des commerciaux que l’on rencontrait en physique ou au téléphone, c’était très compliqué de leur faire comprendre qu’on ne voulait pas de leur truc, même si c’est gratuit ! Ils sont bornés !
Mais du coup, oui je réalise l’ampleur du phénomène avec internet.
En plus, on observe dans mon domaine des choses similaires, mais je l’avais attribué au peu de considéraration générale pour la valeur du travail en photo. C’est récurrent et ça augmente encore : c’est dû aussi à la croyance que « si c’est sur internet, c’est gratuit ». Je ne sais pas encore si tous les exemples que j’ai en tête sont du Freebie Seeking, mais y a surement un rapport : quelque-chose de plus large que la photo.

Mélina Pereira
Mélina Pereira

Deuxième lecture et je me demande si l’inverse existe ? Est-ce qu’il est possible que des gens n’arrivent pas à franchir le cap de proposer du payant à certaines personnes ? Est-ce quil existe des donneurs qui se refusent d’être payés?

Daniele
Daniele

Si c est leur mission de donneur, pourquoi pas. Si non, en quoi cela ne mérite- t’il pas d être payé ? Si qqn d autre fait la même chose, offre le même service, le merite t il? Est ce que ce n’est pas un sentiment de culpabilité justement parce qu en face certains ne voient que par le gratuit et voudraient imposer leur normalité?

olivier
olivier

dans mon église- protestante- on a réfléchi depuis longtemps sur le don, on donne ce qu’on veut, et on préfère un don joyeux…..ce n’est pas pour payer la parole de Dieu, ou la bonne nouvelle libératrice de l’évangile, mais pour que l’église aie les moyens de répandre cette parole, de continuer à former les pasteurs et les payer comme si c’était un vrai métier…..l’idée aussi est celle du partage, que ceux qui ont peu ne manquent de rien, et que ceux qui ont beaucoup n’aient rien de trop…..
danielle plus haut parle de la mission du donneur, et je pense que stéphane , dans sa patience a envoyer des articles auxquels on ne répond pas, est un vrai missionnaire !