Retour à la chanson

Depuis plusieurs semaines je m’interroge… Devrais-je retenter ma chance dans la chanson ?

Cette activité m’a achevé il y a quelques années, entre les animateurs radio qui ne s’intéressaient qu’à l’audience, les professionnels qui me disaient que le temps des chansons engagées était révolu, la famille proche qui avait toujours tennis ou piscine les soirs où je me produisais, les organisateurs de spectacle qui voulaient que je chante du BREL, mais surtout pas mes propres chansons, sous peine d’exclusion…

Vous comprenez mon hésitation cette année ! Je me suis interrogé en bon auto-coach et mon subconscient m’a répondu ceci :

Chat échaudé craint l’eau froide !

Comme je ne suis pas un chat […]

(voir article précédent pour l’interprétation de l’expression populaire).

– Voilà ! Chat échaudé craint l’eau froide, croyant qu’il s’agit toujours d’eau chaude…

– Donc selon toi, je devrais retenter l’expérience.

– Oui, la question ne se pose même pas. Sauf si ta peur de la critique ou de la moquerie est plus forte que ton envie de faire plaisir en chantant…

– Euh… Il me paraît évident que les gens qui m’ont mal jugé ont considérablement réduit ma motivation.

– Bien ! Alors tu dois limiter la critique. Je vais te dire ce qui sera critiqué en premier, car dans le cas des métiers artistiques, c’est évident : il y a des gens qui n’acceptent pas l’idée qu’on puisse gagner de l’argent tout en faisant ce qui nous plaît ! Ce n’est pas de leur faute, ils ont été élevés comme ça : «si tu veux gagner ta vie, il faut travailler dans la contrainte !». Donc en te voyant vibrer sur scène, ils vont se dire que c’est dégueulasse de gagner autant d’argent en 2 heures de plaisir, alors que d’autres ont besoin de travailler 2 ans à l’usine pour gagner autant. D’ailleurs, si tu avais des discussions profondes avec eux, ils te diront qu’ils apprécieront bien mieux ta voix, si tu travaillais à l’usine comme tout le monde, et que tu poussais la chansonnette pendant la fête de fin d’année organisée par le Comité d’Entreprise. Tu auras même un petit billet par les camarades. Mais en faire un métier, c’est dégueulasse ! Tu crois qu’il y avait des gens comme ça dans ton public ?

– Oh oui… J’ai reçu 347 critiques de ce type, dès que j’essayais de vendre mes disques, il y avait des gens qui me regardaient de travers, alors que 5 minutes plus tôt, ils applaudissaient ma chanson debout !…

– Tu te rends compte que tu essayais de vendre des disques à 347 personnes qui n’écoutent que les chansons non-commerciales ou téléchargeables illégalement ?

– Oui… Et en plus ils me donnaient des conseils à n’en plus finir…

– Evidemment, puisqu’ils voulaient que tu changes, contrairement aux autre qui voulaient que tu restes toi-même ! Et toi, au lieu de te consacrer à ceux qui aimaient ton art et qui t’écoutaient religieusement, tu as essayé de convaincre ceux qui voulaient te changer que c’est à eux de changer de regard…

– Tu veux dire que c’est moi qui ai attiré les gens qui n’accordaient aucune valeur à ce qui me faisait vibrer ?

– Voilà ! Tu as une partie de ta réponse : ton attitude attire certaines personnes et en fait fuir d’autres. Si tu veux rectifier cette attraction/répulsion, change d’attitude ! Ceux qui achètent tes disques sont bien mieux placés pour donner des conseils que ceux qui ont toujours un prétexte d’avance pour attendre le disque suivant…

– C’est vrai ! Mais pourquoi dis-tu que j’ai une partie de ma réponse ? Il y a autre chose ?

– Lorsque tu étais jeune, ton père veillait à tes fréquentations…

– Oui…

– Aujourd’hui, tu veilles aux fréquentations de tes enfants !

– Oui !

– Tu as raison ! Les fréquentations, c’est très important, ça peut changer un homme ! En tant qu’adulte, la meilleure façon de changer de fréquentation consiste à changer d’Attitude. Je te donne un exemple : les gens qui te regardent avec de la pitié dans les yeux et qui te disent que «tu as tout pour réussir, mais que les producteurs et les maisons de disque ont de la merde dans les oreilles» semblent vouloir te consoler lorsque tu vis une expérience malheureuse… Mais beaucoup d’entre eux se moquent complètement de ton art. Ce qui leur plaît, c’est de consoler un perdant. Ils en cherchent partout, et si tu adoptes une attitude de perdant, ils jettent leur dévolu sur toi. Cette image de l’artiste qui n’y arrive pas alors qu’il a tout pour réussir, c’est un truc qu’ils adorent ! Mais dès qu’il faut faire la queue en billetterie, ils n’auront soudainement plus le temps ou plus d’argent pour écouter ta musique. Ils préféreront en écouter une autre, d’une personne qui galère : c’est leur trip !

– C’est vrai qu’on et très attiré par les empathiques… Ils sont plus agréables que ceux qui s’en foutent !

– Oui, l’empathie est le meilleur des sentiments humains. C’est même celui qui nous rend humain… Mais un sentiment mal utilisé fait des ravages. Entoure-toi de personnes qui ont «l’empathie du gagnant». Ceux qui crient «BRAVO !» plus facilement que «mon pov’ chéri !» ou pire : «je le savais ! C’était pas la peine d’essayer…». Ne te laisse pas séduire par ceux qui ont toujours un lot de consolation préparé d’avance. Va vers ceux qui te diront : «puisque THE VOICE n’a pas voulu de toi, viens chanter dans ma salle… Il me reste quelques dates, prends celles que tu veux ! En plus, ton passage éclair à la télé et une bonne chose pour remplir les salles avec les téléspectateurs qui ne sont pas toujours d’accord avec Jennifer ».

– Donc je peux rester moi-même dans mon art, tout en changeant d’attitude pour attirer un public différent. Celui qui aime mes chansons, et non celui qui est toujours prêt à me secourir pourvu que je tombe…

– Sinon, tu peux essayer un autre truc : prends tes chanson, exactement les mêmes, et fais-les chanter par quelqu’un d’autre qui a compris cette histoire d’attitude. Tu verras qu’avec exactement le même «matériel» que toi, il fera des choses extraordinaires. On observe ça très souvent : deux personnes qui s’engagent dans la même action avec les mêmes moyens et les mêmes compétences n’obtiennent pas le même résultat ! Pourquoi ? Parce qu’il y en a une qui sait s’entourer, et une autre qui veut que tout le monde l’aime !

A++

Stéphane SOLOMON

8 réflexions au sujet de « Retour à la chanson »

  1. Bonsoir,

    J’ai vu hier l’excellent film « Le labyrinthe du silence » et je me demandais pourquoi son visionnage m’avait donné une telle énergie. Le personnage recherche la vérité et la justice. Mais à un moment, il doute et est sur le point d’abandonner. Il parviendra à se dépasser et à faire triompher ces deux valeurs, malgré d’importants obstacles.

    Je fais le lien avec avec votre article sur le changement de feed-back, ainsi qu’avec le dernier paragraphe:
     »Sinon, tu peux essayer un autre truc : prends tes chanson, exactement les mêmes, et fais-les chanter par quelqu’un d’autre qui a compris cette histoire d’attitude. Tu verras qu’avec exactement le même «matériel» que toi, il fera des choses extraordinaires. On observe ça très souvent : deux personnes qui s’engagent dans la même action avec les mêmes moyens et les mêmes compétences n’obtiennent pas le même résultat ! Pourquoi ? Parce qu’il y en a une qui sait s’entourer, et une autre qui veut que tout le monde l’aime ! »,

    Le personnage (et donc le spectateur qui s’y identifie et peut le transposer à ses difficultés) est en proie à un doute profond, tenace; mais en se plaçant dans une autre situation mentale où il est investi par de très hautes valeurs et où, surtout, il réussirait en s’en étant donné les moyens, il peut alors dans sa réalité effective se projeter, s’élever pour dépasser le doute et les autres obstacles, et réussir à atteindre ses idéaux de vérité et de justice.

    • Je suis heureux Frédéric, que vous ayez retenu ce principe du résultat dépendant de l’acteur et non du scénario. C’est un bon résumé de ce que représente la base du Développement Personnel : connaître le synopsis et entrer dans le jeu de façon alignée avec ce que vous êtes en profondeur.

      Il ne s’agit donc pas de jouer un rôle qui ne vous correspond pas, ni d’être «soi-même» en permanence (il y a des situations où le mystère fait partie de l’Histoire). L’idée, comme le suggère Montaigne, est d’être «à propos», c’est à dire, toujours en phase avec les événements.

      Nous ne pouvons pas exiger que les choses correspondent à nos valeurs, mais nous pouvons accepter l’idée que si nous sommes là, ce qui nous a guidé n’est pas le hasard et que nous avons un rôle à jouer, soit pour apporter quelque chose au monde, soit parce que le monde a quelque chose à nous apporter, qui nous sera utile dans la suite du parcours. Il n’y a pas de changement radical, juste davantage de profondeur dans ce que nous sommes vraiment.

      A++

      Stéphane

  2. Cibler ses actions sur ceux qui vont déjà dans le bon sens.
    Voilà un excellent conseil.
    Cela évitera de se battre contre des moulins à vent.
    Mais que conseiller à un professeur en classe ?
    Certes, c’est mieux pour le prof de ne s’occuper que des élèves intéressés. Les captiver et les faire progresser.
    Mais le rôle du prof n’est-il pas, justement, d’arriver aussi à faire décoller les autres élèves ? Les réfractaires que tout ennuie ?
    Que peut-il faire ?
    Et n’y aurait il pas déjà trop de professeurs qui ayant inconsciemment mis en oeuvre vos conseils laissent tomber les élèves plus difficiles ?
    Le prof va mieux, pas la société.
    Votre cas est très différent.
    Vous ne prétendez pas faire le bien aux gens «malgré eux». (Mais j’ai quand même l’impression que parfois vous aimeriez bien).

    • Bonjour Prosper,

      J’aime beaucoup votre interrogation, car elle permet justement de s’interroger sur l’Education qui est donnée dans nos écoles. Combien de nos professeurs, seraient d’accord avec l’idée qu’avec une Energie différente on obtient un résultat différent d’un individu à l’autre, même si tout le monde emploie la même technique ?

      Très peu !

      Et pour cause : l’école se limite à enseigner une sélection de matières et de techniques qui donnent des résultats communs d’un individu à l’autre. Elle isole les MATIERES les unes des autres, et propose un PROGRAMME unique strict, sans défis spécifiques, ni adaptation au monde environnant. Nous savons très bien que ce n’est pas le reflet de la vraie vie.

      Le professeur doit s’autoriser à être au service de l’élèves, et non l’inverse. Je ne veux pas dire par-là que c’est l’élève qui commande et que le professeur doit être à sa merci (bien au contraire), mais que cet homme ou cette femme qui a CHOISI de faire le plus beau métier du monde, sache s’adapter à l’élève, au lieu de l’obliger à se plier au sacro-saint PROGRAMME.

      Je ne recommanderais pas de laisser tomber les gens (ni les élèves) qui n’arrivent pas à obtenir un bon résultat. Au contraire, je demande à chaque enseignant, initiateur, inspirateur, etc. d’avoir assez de lâcher-prise pour permettre à un «apprenant» de le quitter pour rejoindre un autre professeur ou une autre forme d’initiation, au lieu de lui faire croire que ce sera partout pareil.

      Mon fils n’a pas de problèmes en anglais cette année. Il a des problèmes avec sa prof d’anglais ! Il a peut-être aussi des problèmes avec la méthodologie de l’Education Nationale. Mais il pourrait (si on s’intéressait à l’élève plutôt qu’au professeur, au programme ou au taux de réussite d’un établissement), atteindre le même niveau que le «meilleur élève», en un seul mois. Je vais d’ailleurs m’occuper de ça cet été.

      En ce qui concerne votre conclusion, Prosper, Il ne s’agit pas de faire du bien ou d’enseigner aux gens malgré-eux, il s’agit de leur permettre de faire des choix. C’est pour cette raison que je propose un lien désinscription avant même d’entamer la lecture, et aussi des défis qui permettent d’évaluer la pertinence de ce choix. En ce sens, le PWYW était un excellent exercice, et les 347 personnes qui ont quitté les lieux ont bien fait ! J’espère de tout coeur qu’ils ont remplacé ma méthode par une autre, et qu’ils ont trouvé leurs techniques de Développement Personnel ailleurs. Dans ce cas, j’aurais également rempli ma mission en leur montrant la sortie.

      A++

      Stéphane

  3. Bonjour,
    Est-ce que la phrase « nul n’est prophète en son pays » et « fait chanter tes chansons par un autre », ne se rejoignent-elles pas ?
    Chez soi, au milieu de nos pairs, dans notre fief, dans notre bassine et jus connu dans lequel on macère depuis toujours; on a plus peur de présenter nos compétences, par peur du jugement.
    Alors que si nous sommes devant un public inconnu (et que l’on ne reverra peut-être jamais, s’il ne revient pas à nous), nous osons plus franchement nous produire, car si il y a une fausse note ou carrément un bide, nous n’y serons pas continuellement confronté.
    De même, si une partie de ce que l’on promeut appartient à qqu’un d’autre, il est plus facile, tout en restant soi-même, de vanter les qualités du produit que l’on présente, car nous ne seront pas traité de prétentieux. Il est admit qu’un vendeur soit dithyrambique sur les qualités d’un produit, il ne pourrait pas en dire le quart de la moitié, si c’est son produit.
    Et un autre aspect :lorsque le spectacle est proposé par un « interprète » le public regardera et jugera la prestation sous un angle et ne sera pas jaloux que la personne ait tous les talents.
    Est-ce que de fractionner la paternité des talents que l’on montre permet d’avoir un public plus correct dans son ressenti et appréciation. Est ce pour cela que certains artistes écrivent ou se produisent sous un pseudonyme.

    Bonne journée

    • Ca fait beaucoup de questions Véronique, heureusement que le thème est le même, car toutes ces questions trouveront leur réponse si je commente le paradigme «nul n’et prophète en son pays».

      Tout d’abord, c’est vrai ! Mais le problème vient à la fois du prophète et des habitants du pays (du peuple).

      Toutefois, le prophète a un niveau de conscience plus élevé que celui du peuple, et en ce sens, la première chose qui devrait habiter son esprit, est qu’il ne pourra pas être prophète en son pays. Il peut donc exercer son talent dans un autre pays (c’est un choix) avant de revenir dans le sien en affichant toutes ses victoires. Il sera alors «l’enfant du pays» qui a réussi rayonner «ailleurs». En fait il aura choisi la solution la plus simple (mais qui demande beaucoup d’énergie au moment du choix).

      L’autre solution est de rester au pays pour exercer quelque chose de plus modeste que des prophéties, du moins en apparence. Par exemple, au lieu de révéler une prophétie au peuple, il pourrait faire en sorte que chaque citoyen devine lui-même la prophétie. C’est d’ailleurs, l’une des fonctions du coaching ou de la thérapie : la solution vient de l’intérieur.

      Donc le prophète ne se présente plus comme le révélateur d’un «secret», mais comme un révélateur de talents, et le peuple l’accepte plus facilement. La difficulté du prophète est alors toute autre : la plupart des citoyens reconnaissent difficilement la fonction du révélateur, puisqu’ils ont juste mis en oeuvre leur talent. Ils oublient le déclencheur (c’est humain)… S’il veut continuer à exercer en son pays, le prophète doit donc faire preuve d’ingéniosité pour rappeler que sa fonction est importante, sans prétention (je te l’accorde, c’est difficile, surtout face à un public qui confond «confiance en soi», et «culte du moi»). C’est donc au prophète de les aider à faire cette différence : encore une révélation qui peut servir à tout un chacun.

      Pour ce qui est de parler de soi sans prétention, la solution est encore et encore dans la Gratitude. Si tu disque tu t’es faite toute seule, et que personne ne t’a aidée, portée, motivée… Tu apparais comme prétentieuse. Si tu gratifie (sincèrement) tous ceux qui t’on permis d’ETRE, tu resplendis.

      Je te recommande trois livres qui te permettront de te vendre sans donner l’impression que tu te vantes :

      – L’art de parler de soi (Yves Maire du Poset – Editions LEDUCS)
      – MOI 2.0 (Dan Schawbel – Editions LEDUCS)
      – Réussir sa carrière grâce au personal branding (olivier ZARA – Eyrolles)

      Je veux bien faire un programme qui reprend les meilleures idées de ces trois livres, mais serais-je prophète en ce pays, ou faudra-t-il attendre que je fasse entrer de nouveaux lecteurs (acheteurs) pour que mon public préféré se réveille ?

      Quant à publier sous pseudo, c’est une façon de dépasser les limites. Par exemple, si tu veux avoir 2 fois le prix Goncourt, tu ne peux pas t’appeler Romain GARY, mais tu peux toujours publier sous Emile AJAR, ni vu ni connu, j’t’embrouille !

      Evidemment, ça ne plaît pas à tout le monde. Mais c’est sacrément inspirant dans certains «pays» ;-).

      A++

      Stéphane

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