Satisfait, mais pas si fier…

Tout d’abord, merci ! Vous avez été nombreux à commenter mon précédent article sur mon amie Freebie-Seeker de l’Education (davantage sur Facebook que sur mon site – j’en reparlerai -).

J’ai trouvé 2 propositions intéressantes dans vos commentaires. Je tiens à saluer plus particulièrement Christophe (sur Facebook) et Céline (sur mon site). Ceci-dit, leurs solutions seraient longues à mettre en place et ce n’est pas ma mission de vie. Celle que j’ai appliquée m’a permis de me débarrasser de la difficulté en cours, puis de vaquer à mes occupations, mais je n’en suis pas très fier (je l’explique à la fin de l’article). Quoi qu’il en soit, Alexandre (le fils de mon amie) est désormais en possession du jeu éducatif qui lui permettra d’apprendre en quelques heures, ce que des mois d’efforts n’ont su rendre accessible !

Ça vous intéresse ? On y va :

Comme je vous l’ai écrit dans mon précédent article, la maman d’Alexandre m’a dit qu’elle défendait un principe :

Tout ce qui concerne l’Education
doit être gratuit !

Qu’est-ce qu’un PRINCIPE ?

Un principe est une règle de conduite adoptée à un instant donné et à laquelle on ne dérogera pas avant une remise en question profonde. Nos Principes nous aident à gagner du temps lors d’une prise de décision, ils sont donc extrêmement utiles.

Prenons par exemple le cas d’une personne qui a pour Principe de ne jamais saisir son numéro de Carte Bancaire en ligne. Lorsqu’elle a envie d’acheter quelque chose, elle ne tergiverse pas : soit le commerçant autorise d’autres moyens de paiement, soit elle achète ailleurs ! Comparativement à une personne qui hésite une fois sur deux parce qu’elle ne sait pas si elle peut faire confiance, le gain de temps est évident. La première agit immédiatement, la deuxième peut tourner en rond pendant des heures.

Cependant, certains de nos principes ont été fixés il y a 300 ans (voire plus) et transmis de génération en génération. Dans un monde qui bouge, nos Principes doivent être mis à jour, et bien évidemment, la remise en question doit être très profonde. Ce qui n’est possible que chez les personnes qui apprécient l’idée de faire un travail sur soi.

Reprenons mon exemple de paiement en ligne : il y a encore moins de 10 ans, les processus de paiement sécurisé étaient à leurs débuts (donc pas assez sûrs) ; les banques et les autorités ne traitaient pas les problèmes avec efficacité ; les médias surdimensionnaient les problèmes et mettaient l’accent (comme à leur habitude) sur tout ce qui ne tournait pas rond… Or Internet et l’e-commerce ont beaucoup évolué. Si le Principe a été fixé il y a plus de 5 ans, il est temps de réévaluer cette règle de conduit. Ceci ne signifie pas que vous DEVEZ changer de pratique, mais simplement de refaire le tour de vos critères décisionnels de l’époque. Peut-être n’ont-ils plus cours…

Ne confondons pas Valeurs et Principes : nos Valeurs déterminent notre Identité et ne sont pas négociables. Nos Principes (les règles de conduite basées sur nos Valeurs et nos Croyances) peuvent parfaitement être révisés sans dommage. En matière de Développement Personnel, se fixer des principes est comme un contrat. Comme pour tout contrat, il y a une date d’échéance qui invite à une révision. La plupart des gens considèrent leurs principes comme des contrats avec tacite reconduction. Sans y réfléchir…

On peut voir dans la situation que j’ai décrite, que pour mon amie comme pour moi, l’Education et l’Instruction représentent des Valeurs importantes. Cependant, nous n’avons pas les mêmes Principes :

  • Elle a décidé de ne pas cautionner les personnes qui font commerce avec des solutions pédagogiques.
  • J’ai décidé d’encourager et de gratifier (entre autres financièrement) les pédagogues qui proposent différentes solutions d’apprentissage.

Nous ne pouvions pas nous entendre ! Comme elle commençait à faire ingérence dans mon Education (en criant au point d’éveiller la curiosité des enfants), j’ai décidé de calmer le jeu. Elle est partie sans…

L’after…

AU moment où je tentais d’aider mon amie à installer cette application, j’ai pu voir que l’éditeur proposait une collection complète de jeux éducatifs pour 21€… Après son départ, je suis retourné dans la Playstore pour acheter cette collection. Au passage, j’ai fait une autre trouvaille : «Dragon Box Algebra 5+». Il s’agit d’une version light pour les tous petits, mais elle couvre beaucoup de notions qu’Alexandre n’a pas encore acquises.

Pendant quelques secondes, j’ai cru que ce produit était une version bridée qui permet de tester l’application gratuitement. Je me trompais, car il s’agit d’un produit à part entière, coûtant 4,99€. Toutefois, ma première perception m’a amenée à me dire la chose suivante :

«Si j’étais l’éditeur de ce jeu, j’aurais proposé la version 5+ gratuitement, afin que les hésitants puissent constater que ça fonctionne ! Ensuite, la version payante devient une évidence pour ceux qui veulent approfondir le sujet».  C’est ce que je fais avec la Newsletter que vous lisez actuellement. Elle est certes gratuite, mais le but n’est pas la gratuité. Le but est de faire connaissance progressivement et sans pression, puis de nous amener vers une relation professionnelle (si les résultats sont encourageants).

J’ai rappelé mon amie en lui disant ceci :

– Après ton départ, j’ai acheté la collection complète de l’éditeur Dragon Box et j’ai reçu en cadeau un bon d’achat pour une version light de Dragon Box Algebra que je peux offrir à qui je veux ! J’ai immédiatement pensé à Alexandre. Cette version n’est pas aussi avancée que celle sur laquelle il a joué à la maison, mais tu peux l’avoir gratuitement. Bien sûr, l’éditeur offre ce jeu pour que tu achètes la suite, mais on s’en fout ! C’est gratuit, et tu n’as qu’à refuser les propositions payantes…

Ça a marché !

Pas très fier…

En lisant cet article, certains d’entre vous vont peut-être trouver que j’ai abusé de la naïveté de mon amie, que je l’ai manipulée ne lui faisant croire que ça ne m’a rien coûté, et que ce n’est pas bien ! C’est certainement pour cette raison que je ne me sens pas très fier…

Eh bien je vais vous surprendre, mais à ce niveau, je suis très satisfait de mon action !

Si vous lisiez quelques livres qui traitent du Marketing et des Freebie Seekers, vous verriez que la plupart du temps, les entreprises dépensent beaucoup de temps, des sommes faramineuses et énormément d’énergie dans des stratégies manipulatoires afin de repousser les Freebie Seekers hors du magasin ! J’ai donc fait pour mon amie ce que personne n’aurait fait pour elle.

Pourquoi le Freebie Seeker est manipulé pour aller vers la sortie ? Parce que selon les marketeurs, il est l’ennemi numéro 1 du commerçant ! C’est pire qu’un concurrent, car en général les concurrents agissent avec une éthique professionnelle. L’éthique des Freebie Seekers est anti-professionnelle : que leurs actions soient conscientes ou inconscientes, si elles se généralisaient, ce serait la fin du commerce ! Un Freebie Seeker n’est pas une personne qui tourne les talons lorsqu’elle pense qu’un commerce ne devrait pas exister. Au contraire : c’est un «justicier» qui entre dans la boutique pour la faire tomber à coup de Principes ! Il crie pour se faire entendre par les autres clients ! Il trouve des ruses pour rendre gratuit ce qui ne l’est pas et il partage ses trouvailles se sentant généreux…  Il se bat pour que le commerçant s’aligne sur ce qu’il croit être ses Valeurs, alors que le commerçant est bien plus valeureux que lui : il a juste accepté l’idée que l’argent fait partie du jeu, et même si les transactions financières compliquent l’équation, elles permettent d’obtenir des résultats probants !

En trouvant une solution pour Alexandre, j’ai été bienveillant : au lieu de le chasser du Paradis du Savoir, j’ai fait tout mon possible pour lui donner sa place. Je ne l’aurais pas fait pour une personne que je ne connais pas ou qui n’aurait rien demandé. La demande d’Alexandre était vibrante, et celle de sa maman aussi (avant que l’argent n’entre en jeu).

Si je ne suis pas très fier de mon action, c’est parce que j’ai fait entrer une Freebie Seeker dans le magasin de Dragon Box ! J’ai fait croire à mon amie que le commerçant lui donnait une place légitime dans le système… Certes l’éditeur n’a rien perdu puisque j’ai payé le jeu, mais si l’essai n’est pas transformé j’aurais ajouté un poids à son commerce, ce qui n’est pas aligné sur mes valeurs. C’est comme si je faisais entrer dans une boulangerie une personne convaincue que les chouquettes devraient être gratuites !

Je me demande dans quelle mesure, j’ai été manipulé par mon amie. Une manipulation inconsciente et habile pour que je glisse gentiment vers une variante du Freebie Seeking face à laquelle je n’étais pas armé…

Cette réflexion m’amène à m’interroger sur ma propension à attirer les Freebie Seekers vers ma propre activité professionnelle. Certes je fais régulièrement des recadrages pour rappeler que le gratuit n’est pas ma vocation, mais il semble que ces rappels touchent toujours les mêmes personnes (ceux qui ont compris) et que mes Freebie Seekers se disent que c’est une crise passagère et que ça va me passer… Que je suis en bonne voie pour aller vers la gratuité totale…

Ma proactivité m’a toujours amené à penser que j’ai une grande part de Responsabilité dans les résultats que j’obtiens (d’où mes recadrages réguliers sur ce sujet, afin d’améliorer mes résultats). Evidemment je ne peux être responsable de l’interprétation de mes actions, mais je commence à m’interroger sur ma Responsabilité Inconsciente : se pourrait-il que mes discours soient attractifs pour les Freebie Seekers, et si oui, quels seraient les valeurs qui brillent dans mes articles, qui leur font croire qu’ils sont les bienvenus à vie ?

La question est posée.

A++

Stéphane SOLOMON