Sortie scolaire

Mardi matin, j’étais de sortie scolaire avec ma fille cadette (Oriane). Il s’agissait d’enchaîner des petites épreuves sportives. J’ai vite sympathisé avec les enfants de son groupe, en les aidant à mieux comprendre les règles des jeux, à mieux se coordonner, à reprendre le dessus après  une déception, etc.

J’aime aussi imiter les rires… Je dois en avoir une vingtaine de rire différents dans mon inventaire. Les préférés des enfants sont ceux de Rafiki et de Capitaine Caverne…

A l’heure du pique-nique, nous rejoignons toutes les autres classes. Chaque enfant pioche dans son sac pour en sortir de quoi boire et manger, et les détritus commencent à apparaître… Avec ma fille, nous ne dérogeons pas à la règle : ma compagne nous a préparé deux bananes en guise de dessert, et nous avons laissé les peaux juste à côté de nous.

Ceux qui me connaissent bien, savent à quel point une peau de banane qui traîne a un effet hypnotique sur moi.

Je me lève pour chercher un sac poubelle. Je me dirige vers les organisateurs de l’événement. Ils sont tous affairés à préparer l’épreuve de l’après-midi. Je vois des sacs poubelle accrochés le long de la grille. Ils sont vides puisque les enfants sont partis déjeuner sur l’herbe. J’en pique un, puis je vais devant chaque enfant, et tout en ouvrant le sac, je demande avec le sourire :

– Est-ce que tu as un cadeau pour moi ?

Je vous assure que TOUS, mais absolument TOUS les enfants ont compris la métaphore. Vous allez me dire que c’est normal, que c’est très clair… Mais si c’est clair pour vous, c’est parce que je viens de vous raconter ce qui se passait dans ma tête. En ce qui concerne ces enfants, il n’y avait aucun indice. Certes l’usage habituel du sac poubelle les a aidés à comprendre à quel type de «cadeau» je m’attendais, mais ils avaient tout à fait la possibilité d’interpréter mon action comme une démarche de collecte alimentaire, ou dans le cas où je ne leur paraissais pas sympathique, comme une tentative de racket de compotes et autres bonbons…

Ils ont TOUS compris ! L’un après l’autre, ils ont ramassé les emballages, les peaux et les noyaux qui les entouraient pour me les offrir avec le sourire en prime. Un petit garçon brun est même entré dans le jeu et m’a dit :

– C’est parce que vous avez été sage…

Un autre m’a fait un plaisir fou en fouillant dans son sac à dos pour en sortir un sachet dans lequel il avait déjà jeté tout ce qui aurait pu nuire à Mère Nature.

Je suis également passé auprès du groupe des enseignants pour leur demander mon petit «cadeau». L’une des anciennes instit de mon aînée me dit :

– Merci Monsieur SOLOMON, de vous occuper de ça…

Avec mon ton ironique, je lui réponds :

– Oh vous savez, je n’y suis pour rien ! J’ai été élevé comme ça…

Elle surjoue alors un ton désolé, et me dit :

– Ah… L’Education !…

J’imagine après coup que cet homme que j’étais encore il y a une dizaine d’années, se serait levé pour demander aux enfants de ramasser tout ce qui traîne et de le jeter dans une poubelle, afin de laisser la pelouse aussi propre qu’à leur arrivée. C’est ce qu’on appelle être clair et directif : sans métaphore, sans jeu, sans complicité, sans sourire… Juste en appliquant le principe du Stimulus-Réponse afin que ce qui doit être fait soit fait !

Le résultat aurait été le même sur l’instant : une pelouse nickel… Que demande le peuple ?

Ce qui me rend heureux et fier dans cet épisode, à tel point que je vous «raconte ma vie», c’est de me dire que dans quelques décennies, ces enfants que j’ai accompagnés pendant quelques heures, se dirigeront, sac poubelle en mains, vers les camarades de jeu de leurs propres enfants en leur demandant :

– Est-ce que tu as un cadeau pour moi ?

Qu’est-ce qui me donne cette force d’y croire ? Qu’est-ce qui me fait penser que ce jeu est beaucoup plus impactant qu’une injonction du genre «Respectez la Nature !» ?

Tout simplement le fait qu’à chaque fois qu’un enfant jetait ses détritus dans le sac que je lui tendais, je me sentais véritablement gratifié d’un cadeau d’une grande valeur. L’expérience mérite d’être tentée.

A++

Stéphane SOLOMON