Une gentille rentrée

Le fait d’être coach conditionne forcément ma perception des choses : même lorsque je vais acheter le pain, je suis en attente d’un évènement remarquable. C’est également le cas des artistes en quête d’inspiration, et nous savons que la plupart des scientifiques et des inventeurs ont trouvé des idées géniales ou des solutions à un problème, hors d’un contexte de travail. Parfois même en prenant leur bain. Dans ces moments-là, ce qui semble être une rêvasserie est plutôt un état d’éveil supérieur à la normale.

Lorsqu’un évènement me paraît anodin, je lui construis un sens. La question que je me pose est :

– Quel est l’en deçà de cette histoire ?

L’en deçà peut revêtir plusieurs formes : un sens caché, une personne d’exception, l’occasion d’aider quelqu’un, d’apprendre quelque chose, de changer les choses… Pour répondre à cette question, j’ai différentes motivations, parmi lesquelles celle de vous écrire. C’est sacrément motivant d’avoir quelque chose à raconter !

Par exemple, la rentrée scolaire de cette année fut plutôt insipide. Pas d’entrée en maternelle, pas d’entrée en CP, pas d’entrée au collège ni au lycée… C’est plutôt rare quand on a 4 enfants scolarisés. Pour moi, l’évènement allait donc être «la nouvelle école» car nous avons déménagé en mars dernier, et les enfants ont changé d’établissement cette année. Je m’attendais à quelque chose d’exceptionnel, mais je n’ai pas été spécialement servi. C’était une simple rentrée scolaire…

Ah si… Il y a eu quand même un truc qui m’a fait réfléchir… Lorsque ma fille cadette a vu sa maitresse, elle m’a dit :

– Ouf ! Ça va ! Elle a l’air gentille…

Bon… Je sais que ça n’a rien de transcendant, mais après tout, c’est à moi de créer l’évènement en prenant une chose simple pour la transformer… Si je veux, je peux même m’en servir comme l’amorce d’un bouquin, voire de tout un programme d’auto-coaching…

La gentillesse avant tout

Nos enfants ne s’attendent pas à avoir des professeurs compétents, ni savants, ni intelligents, ni même pédagogues… La seule chose qui les intéresse, la seule qualité qu’ils scrutent pendant les premières secondes pour évaluer l’année scolaire qu’ils vont passer, c’est le QUOTIENT DE GENTILLESSE !

Quoi de plus normal pour un enfant de 7 ans, me direz-vous ? Je vous l’accorde. Mais pensez-vous que les attentes changent fondamentalement à l’âge adulte ? Lorsqu’une personne se fait embaucher par exemple, dans 8 cas sur 10, sa PREMIERE attente est la gentillesse du dirigeant et de ses collègues. Cette attente est formulée de différentes façons (à l’écoute, empathique, prévenant, agréable, sympa…), mais globalement, on veut avoir à faire à quelqu’un de gentil avant tout !

Attention, je ne dis pas que la gentillesse devrait être une option. C’est le fait que ce soit la première attente qui me paraît intéressant… On pourrait s’attendre à quelqu’un de persévérant, d’inspirant, de confiant, d’efficace, de motivant… puis de gentil…

Voyez ! Ca y est… Je suis parti ! Je croyais que je n’aurais rien d’intéressant à vous raconter, et finalement je vais avoir du mal à m’arrêter !

La première impression

Connaissez-vous cette citation de David Swanson ?

Vous n’aurez jamais une deuxième chance de faire une bonne première impression.

Cette maxime est très utilisée dans le milieu du Développement Personnel, de la Vente, du Recrutement… On en retire une pratique : se mettre à son avantage lors de la première rencontre. Y consacrer du temps, de l’argent, de l’Energie… Coiffure, maquillage, vêtements, posture physique… et bien évidemment, la posture mentale (l’attitude) sont au rendez-vous.

La première impression : une imposture ?

Beaucoup de gens considèrent que cette façon de briller lors de la première rencontre est un mensonge. Ils répondent à l’obligation, parce qu’ils savent (ou parce qu’ils croient) que c’est ce qui est attendu par leur hôte, mais le cœur n’y est pas.

Ils alimentent les mêmes pensées et les mêmes émotions lorsque les rôles sont inversés, c’est-à-dire au moment où ils accueillent une personne qui s’est mise à son avantage pour son premier rendez-vous :

  • Il a l’air sympa ! Mais ça ne veut rien dire, c’est le premier jour…
  • Il fait un sourire jusqu’aux oreilles… Il a quelque chose à me vendre !
  • Ils t’ont fait un cadeau de bienvenue?… Ca sent l’arnaque !

Le message profond est : «c’est bien joli tout ça… mais la ficelle est facile ! Je ne me laisserai pas berner par ma première impression…». Cette méfiance paraît intelligente car elle semble faire appel à l’esprit critique et à l’anticipation. Mais ne serait-ce pas plutôt un juste retour de la loi de réciprocité ?

Ceci me fait penser à cette citation-bijou d’Henri Jeanson :

Parole de critique : une première impression est toujours la bonne, surtout quand elle est mauvaise.

La première impression : une délicate attention !

Pour aider les personnes qui ont du mal à accepter et à respecter l’exception de la première rencontre, je vous propose une approche positive. Elle demande un petit effort aux défenseurs de l’injonction «Sois toi-même !», mais elle est pleine de bon sens :

Et si l’intention n’était pas de «tromper l’ennemi», mais plutôt de donner le meilleur de soi-même ? De faire un effort d’imagination et de créativité pour honorer la première rencontre ?… De créer un contact attentionné et intentionné ?…

Faites un effort est spécifique, c’est à dire adapté à la situation. Vous pouvez faire preuve d’originalité à chaque première fois… L’injonction n’est pas «Sois toi-même !», car elle mène vers la confusion. L’idée est plutôt d’être «à propos»… Si vous voulez comprendre la différence fondamentale qui existe entre ces deux concepts, je vous recommande le livre III des Essais de Montaigne.

L’institutrice de ma fille aurait-elle eu un «sourire technique» ? Un masque qu’elle a décidé de porter ce matin-là afin de paraître gentille ? Avait-elle plutôt envie d’afficher un visage anxieux, fatigué, lassé ? C’est possible ! Mais consciente de sa mission et des première attentes des personnes qu’elle va accompagner toute l’année, elle a su faire un don de soi. Elle a su être «à propos» pour créer le bon contact.

Au lieu de critiquer un éventuel «faux-semblant», j’ai envie de la gratifier pour cette délicate attention :

Chère Madame,

  • Si vous vous êtes levée du mauvais pied, merci de ne pas avoir été «brut de décoffrage»
  • Si certains parents vous ont agacés, merci d’avoir «fait du chichi»
  • Si la réforme des rythmes scolaires vous révolte, merci de ne pas avoir été «franc-jeu»

Ma fille est un peu dupe : elle vous a trouvé un «air gentil». Mais moi, je ne suis pas dupe : je reconnais la généreuse imposture : en affichant ce sourire, vous avez mis la gentillesse à l’honneur. Je reconnais là l’attitude d’une personne attentionnée, éveillée, cultivée, humble, avenante, méritante… En un mot : gentille !

Je vous souhaite une belle rentrée 2014-2015, sous le signe de la gentillesse.

A++

Stéphane SOLOMON.

11 réflexions au sujet de « Une gentille rentrée »

  1. Bonsoir Stéphane, votre missile du jour m’a beaucoup plu, merci. Oui, la gentillesse est naturelle pour beaucoup parmi nous, mais l’effort de se montrer agréable en toute circonstance l’est beaucoup moins. J’ai bien envie d’afficher cet article à mon travail, car ce qui peut s’appliquer à une rentrée ou un premier entretien est aussi valable dans la vie de tous les jours.
    Bonne continuation, et, surtout, belle rentrée !
    Cordialement,
    Monika

  2. Bonjour Stéphane
    Géniale l’idée « d’être à propos » ! que je trouve plus adaptée que « la généreuse imposture » car dans « être à propos » il n’y a pas d’imposture ! il y a ce qui doit être au moment
    merci pour vos réflexions et que vos filles restent source d’inspiration, c’est un régal !

    • Bonjour Daniel,

      Etre «à propos», c’est MONTAIGNE (Les Essais Livre III). C’est pour ceux qui se disent à longueur de journée «Sois toi-même !» ou «Sois Naturel !». Ca libère vraiment, car être soi-même, c’est sacrément difficile. J’ai relu MONTAIGNE après l’école (je l’ai encore relu récemment). Il est bons de le lire à un âge plus adulte, et surtout, sans la contrainte du Bac 😉

      La «généreuse imposture», c’est Edmond ROSTAND (Cyrano de Bergerac). C’est un peu différent, mais pour ceux qui ne parviennent pas à se détacher du mot imposture, ça radoucit.

      Les enfants sont des sources d’inspiration inépuisables. Je passerais bien un an dans une école pour écrire un livre. Mais pour les moment, les coach ne peuvent avoir un poste officiel dans nos écoles… Mais POURQUOI ??? 😉

      Belle rentrée,

      Stéphane

  3. Belle histoire et beau sujet.

    Ce serait ça le bonheur: s’ouvrir à l’autre avec empathie, en mettant de côté l’influence de l’ego. L’échange, le partage le don. Alors un monde meilleur est possible.

  4. Bonjour Stéphane.

    être ou paraître gentil ! on devrait faire semblant tout le temps, à force, on finirait bien par le devenir, non ? mais comme il nous est rabâché depuis l’enfance que les gentils n’arrivent à rien dans la vie, que seuls les agressifs, les « combattants », ceux qui « bouffent » les autres s’en sortent, on a finit par amalgamer « gentil » et « perdant », voire « gentil » et « nunuche », bref, gentil finirait par être un gros mot pour un peu. Alors, merci Stéphane de nous rappeler que non, gentil n’est pas un gros mot ou une attitude de faiblesse, au contraire.

    Et missile est bien trouvé, c’est une explosion nécessaire dans notre enfermement mental que votre missive matinale (ou pas).

    Bonne et longue continuation Stéphane.

    Très cordialement,

    Max.

  5. Bonjour stéphane,
    la gentillesse ? un comportement intéressant 🙂
    je conseille à ceux qui veulent aller plus loin l’excellent livre de Piero Ferrucci « L’art de la gentillesse ».
    Un bel essai sur la gentillesse et ses diverses expressions dans notre vie quotidienne (avec quelques surprises…) écrit par un homme à la plume agréable.

    Pour les récalcitrants, ironiques et autres cyniques, vous allez pouvoir vous régaler…la mode fin 2014 est au « twee » qui met la douceur et la gentillesse en valeurs branchés (mais aussi le partage, le respect de l’autre…).

    « Has been » les hipsters au corps parfait et méga individualistes, fruits du marketing de masse. Le marketing rattrape nos « twee » pas encore vraiment libérés avec le style vestimentaire « normcore » ….
    Alors 2015 ? Peace and love ?
    A bientôt
    Frédéric

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