Je n’aime pas les chats !

Je n’ai jamais aimé les chats. J’ai peut-être été un chien dans une vie antérieure ou alors, c’est mon allergie qui me protège de toute affectivité. Je n’aime pas les chats, donc je ne m’en approche pas, et sauf accident, je n’ai vécu les picotements atroces dans l’ensemble de mon système ORL  qu’une dizaine de fois en 51 ans.

Depuis environ un mois, un gentil chat vient nous rendre visite 2 à 3 fois par jour. Lorsque je dis «un gentil chat», je pèse mes mots : il n’a jamais abîmé un meuble ou un fauteuil… Je ne l’ai vu sortir ses griffes que lorsqu’il a décidé de grimper à un arbre. Je ne l’ai jamais vu hérisser ses poils, ni montrer ses dents… Rien de tout ça. C’est un chat pour moi : un chat de débutant !

Cette fois, les picotements ont commencé lorsque j’ai cru que ce chat allait pousser sa gentillesse jusqu’à l’hypoallergénicité. Mais je me suis trompé ! Après 5 minutes de sympathie avec l’animal sous les yeux écarquillés de mes enfants, j’ai vécu quelques heures de détresse. Quand il s’approche ça me chatouille et je me gratouille, mes yeux rougissent, j’éternue à répétition, et le pire des supplices est cette irritation à l’intérieur des oreilles que rien ne vient soulager, car si on peut se frotter ou se laver les yeux, l’intérieur des oreilles, c’est autre chose ! Bref, en voyant Karine revenir des courses avec des croquettes et du pâté, j’ai vu rouge ! Ceci-dit, par Amour, je n’ai rien montré… Et par Amour, elle a tout vu ! (ça fait 28 ans que ça dure).

Un certain nombre de résolutions ont donc été prises d’un commun accord. Puisque ses maîtres l’ont perdu (ou abandonné), il peut venir se restaurer chez nous, mais il ne se posera sur aucun siège, ne montera pas à l’étage s’affaler sur un lit, et passera l’essentiel de son temps dehors (dans le jardin s’il veut être avec nous).

Un matin, c’était il y a environ une semaine, je me suis réveillé avec des vertiges positionnels. Je ne vais pas vous expliquer de quoi il s’agit dans les détails, je vais me contenter des effets : c’est un saut à l’élastique au moindre mouvement de tête… En gardant la tête immobile, on retrouve lentement le plancher des vaches, mais dès qu’on se penche au-dessus du lavabo ou qu’on incline la tête pour se coiffer, c’est reparti pour un tour… La tête doit rester droite, sinon, c’est le grand huit ! Quand on a soif, on trouve que la paille est une invention géniale ! En général, ça m’arrive lorsque je suis très contrarié, et comme j’ai décidé de fermer cette newsletter pour passer à autre chose, je me suis dit que ce vertige allait m’accompagner quelque jours, le temps que je me fasse à l’idée.

Ce jour-là, Le Chat est venu miauler vers 11h… Ses miaulements n’étaient pas habituels, les enfants l’ont tout de suite remarqué. Lorsque nous avons ouvert la porte, il s’est précipité à l’étage en se cognant sur quelques escaliers, puis il s’est réfugié sous un lit et n’a plus bougé… Ses yeux étaient fermés, et lorsque les enfants ont tenté de lui donner à manger ou à boire, il n’a pas bougé. J’ai reconnu, malgré mon manque d’empathie pour les chats, que la douleur qu’il ressentait était plus forte que tout le reste… Il restait les yeux clos, et la lumière semblait le déranger…

Cependant, en tentant de le déplacer, il s’est montré défensif mais jamais agressif. Au mieux il miaulait, et sa voix semblait dire :

  • Laissez-moi me reposer, j’ai mal…

Lorsqu’il essayait d’ouvrir les yeux, on aurait dit que son Iris avait disparu. Il avait les yeux blancs… Mes connaissances en médecine m’ont permis de comprendre que cette affection bilatérale n’était pas due à une blessure, mais plutôt à quelque chose d’origine bactérienne, virale ou neurologique. Après quelques recherches rapides sur Internet, j’ai appris ce qu’était la «troisième paupière du chat» et quelles pouvaient être les causes de leur fermeture… C’est alors qu’une chose étrange s’est produite en moi…

Je n’aime pas les chats !

Comme je vous l’ai dit plusieurs fois, je n’aime pas les chats ! Et je tiens à le rappeler… Donc en théorie, ce que j’aurais dû faire, surtout en présence d’un chat malade, c’est prendre un balai et le chasser de chez moi. Qu’il trouve refuge ailleurs l’animal ! J’ai déjà mes vertiges à gérer et ça fait 3 fois que je me penche sous le lit pour tenter de l’aider au prix de 3 tours forcés de Space Moutain…

Mais contre toute attente, j’ai pris mon téléphone pour appeler la clinique vétérinaire la plus proche pour demander si quelqu’un pouvait venir chercher le chat. La personne qui m’a répondu m’a proposé de venir chercher un panier à chats ; Il me suffisait de l’asseoir dedans pour l’emmener en voiture.

– Putain de merde ! Fais chier ce chat à la con ! Il n’est pas à moi ! Je n’aime pas toucher ces sales bêtes ! Je suis allergique en plus, et voilà que je dois tout interrompre pour aller chercher un panier à chats ! En plus je ne veux pas prendre la voiture à cause de mes vertiges ! Saleté d’animal ! Vas crever ailleurs !

Euh… Ce que je dis ci-dessus n’était que mon dialogue interne… Mais à la gentille dame au téléphone, j’ai juste répondu :

– Je vais voir ce que je peux faire…

Tout en continuant à pester intérieurement je voyais ma main prendre les clefs de la voiture… Tout en me rappelant que je n’étais pas responsable de ce chat, je voyais mes pieds se diriger vers la voiture… Et alors que je me demandais pourquoi ça m’arrivait à moi, la dernière personne qui pourrait aider un chat, j’ai démarré le moteur et j’ai pris la direction de la clinique… En arrivant devant la grille, j’ai pesté une dernière fois, car il était 12h35 et ils fermaient entre 12h30 et 14h00.

En retournant bredouille dans ma voiture je me suis mis à pleurer… Il ne s’agissait pas de grandes effusions de larmes, juste des petites gouttes qui tombaient et que je ne pouvais retenir. J’ai tenté de me mentir en me disant que la fermeture de cette newsletter me rendait triste et que je faisais une petite déprime… Mais en interrogeant mes émotions de plus près, j’ai compris que je pleurais pour le chat ! Il allait encore souffrir pendant une heure et demie, sans que personne ne sache comment le soulager.

Oui… J’ai craqué pour un chat !

Après une attente interminable, je l’ai emmené à la clinique grâce à un panier prêté par un ami de mon fils. Le félin n’a pas fait d’histoire, on aurait dit qu’il savait que c’était pour le soigner. Accompagné par tous les enfants, j’ai expliqué la situation à l’accueil. Voyant que le chat était castré, qu’il avait le poil soigné, qu’il était habitué au contact humain, et qu’il a même été détartré récemment, la vétérinaire pensait retrouver son propriétaire en détectant une puce électronique… Mais il semble que cette dernière précaution ait été négligée. Le chat n’appartenait officiellement à personne !  C’était un chat errant et il fallait trouver une solution pour la prise en charge des soins… La clinique était prête à le traiter un minima avant de l’envoyer à la fourrière, mais en cette période de l’année, ils n’étaient pas optimistes en ce qui concerne une famille d’accueil. Lorsque j’ai demandé ce que devenaient les chats errants et malades qui ne trouvaient pas de refuge, la professionnelle m’a répondu qu’elle ne pouvait me donner l’information en présence des enfants…

Je ne saurais nommer la Valeur Motrice qui m’a fait signer le fameux document, mais en devenant la Sécurité Sociale de ce chat, j’ai ressenti quelque chose de proche de l’Honneur d’être humain ! Les larmes me viennent aux yeux en l’écrivant, ainsi qu’un profond sentiment d’avoir vaincu mon égo, non pas parce que j’ai contribué aux soins d’un chat, mais parce que je vais oser raconter cette histoire sur Facebook, lieu où j’ai toujours affirmé haut et fort que je n’aimais pas les chats et que je trouvais les propriétaires de ces animaux particulièrement gnangnans, surtout lorsqu’ils publient des photos de leur animal dans des postures improbables…

Je vais donc, après cette publication, être moqué pendant des mois… Mais je m’en fous ! Mon chat est vivant ! Il se porte bien ! Après une journée d’hospitalisation il a retrouvé ses beaux yeux verts, et j’ai appris à poser les gestes pour lui administrer ses gouttes et ses antibiotiques, grâce à une docteure dont la gentillesse semblait être héritée directement du divin. Elle est tombée amoureuse du chat le plus gentil de la terre, et m’a même proposé de le garder en clinique quelques jours gratuitement, si je ne me sentais pas capable de le soigner.

Mais je m’en suis occupé… Les yeux rouges, le nez en vrac, les oreilles en feu, je m’en suis occupé ! Et mon supplice n’a duré que deux jours. Depuis une semaine qu’il est à la maison, c’est à peine si j’éternue de temps en temps…

On appelle ça la Sérendipité ou encore le Cadeau Caché… Mais en dehors de cette désensibilisation de mon allergie, il y une autre Sérendipité, qui est apparue bien plus tôt et dont je ne vous ai pas parlé, parce que je réservais le meilleur pour la fin :

Après avoir signé le papier de prise en charge des soins, en rentrant chez moi, je me suis allongé pour faire le point sur ce que je venais de vivre… Mais au lieu de me repasser le film des évènements, je me suis relevé, puis je me suis allongé à nouveau. Et afin de m’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un coup de bol, j’ai recommencé 3 ou 4 fois !

J’avais beau me retourner dans tous les sens pour essayer de provoquer un vertige, rien à faire ! C’est la première fois que mes vertiges disparaissent en si peu de temps…