Le grand méchant loup

Vous vous souvenez du premier article du mois (atterrissage corsé) ?

Nous avons vu que Laurie ne prenait pas les décisions les plus appropriées, elle obéissait à la peur. Lorsque l’avion est calme elle a peur de l’hypnose, alors elle décide de faire face à sa peur de l’avion. Puis vient le moment où l’avion est chahuté, et ayant très peur de l’avion, elle décide soudainement d’affronter sa peur de l’hypnose. Elle choisit ce qui lui fait le moins peur… D’ailleurs, si j’ai choisi un ton autoritaire (presque méchant) au moment de la «Rupture de Pattern», c’est parce que j’ai vu qu’elle était très réceptive à la peur, et nous étions dans une situation d’urgence exceptionnelle.

Dans le deuxième article, nous avons vu (suite à un sondage) que 7 personnes sur 10 préfèrent rembourser l’organisme de crédit (plutôt menaçant) alors que l’ami a prêté la même somme d’argent pour des raisons bien plus nobles et se montre toujours amical. Même si la menace est sans suite (parce que l’incident est temporaire), c’est le loup qui gagne !

Le dilemme de Régis

Au début de l’année, j’ai été sollicité d’urgence par Régis, un manager d’une boite de 3.000 personnes. Il est assez rare que j’intervienne d’urgence, en général je refuse. Mais s’agissant d’un bon client qui m’a toujours contacté bien avant la tempête, j’ai accepté la mission. Régis dirige une équipe informatique de 5 personnes très motivées. Il lui suffit de donner quelques indications pour que chacun se mette au travail. Si quelque chose n’est pas clair, les questions sont posées au fil de l’eau et sans aucun embarras. La Communication est Assertive dans cette équipe : pas de violence, pas de chantage, pas de mensonge ou d’accusation de «l’autre»… Si quelque chose ne va pas, tout le monde se remet à son poste pour régler le problème.

Régis a réussi cette prouesse grâce à une technique de recrutement qui tenait compte du degré d’assertivité des candidats, et non pas de leurs connaissances en informatique. Ainsi lorsque les connaissances ne sont pas suffisantes, le programmeur demande une formation, sans peur d’être jugé. C’est beaucoup plus efficace qu’une personne qui sait tout sur tout, mais qui est incapable de demander une formation (ou tout simplement un délai) lorsque c’est nécessaire.

Régis a fait ce qui est recommandé dans mon précédent article : après avoir fait le CHOIX (sans compromis) d’avoir une équipe assertive, il a pris des décisions alignées sur ce CHOIX. Ses techniques de recrutement ont changé, et son équipe était exemplaire jusqu’à mi-janvier.

Seulement voilà, Régis n’est pas le seul à décider, et au début de l’année, on lui a confié Eric, un développeur qui est venu semer la zizanie dans son équipe. Le jeune-homme ne le faisait pas exprès. Il a été éduqué (je devrais dire «dressé») pour n’obéir qu’à la contrainte. Par exemple, s’il s’embarquait dans une mauvaise direction, il était impossible de lui proposer d’autres solutions (Eric refusait d’écouter en justifiant l’urgence). Il fallait le menacer pour qu’il devienne attentif…

Pour Régis, c’était une véritable épreuve… Il avait le sentiment de diriger 2 équipes : la première avec laquelle il se sentait aligné, et la deuxième, composée d’une seule personne, avec laquelle il devait se montrer plus directif et plus menaçant. En me contactant, l’objectif de Régis était de rendre le petit avec l’eau du bain à son chef… Mais lors de nos discussions il s’est rendu compte que cette décision risquait de provoquer le licenciement d’Eric, et il ne voulait pas porter cette responsabilité. Nous avons donc transformé la demande en : Comment puis-je rendre plus assertive, une personne qui n’obéit qu’au grand méchant loup ?

La première réponse que Régis a avancée vient de l’une de ses formations : elle consiste à se comporter de façon menaçante, puis de réduire les menaces progressivement. En d’autres termes, il fallait commencer par parler le langage d’Eric, afin de lui apprendre d’autres langues… Or cette solution a deux défauts :

  1. Elle fait appel à une sacrée stratégie à vocation sociale. Cette manœuvre est recommandée pour de grands groupes, suite à des fusions ou des acquisitions. On commence par donner aux équipes récalcitrantes ce qu’elles attendent (y compris le pire), puis avec le temps, on glisse délicatement vers le nouveau style de management. C’est très énergivore comme plan, et ça ne peut être mis en place pour une seule personne.
  2. Régis communiquait de façon assertive avec son équipe, en présence d’Eric. Eric savait que Régis n’était pas un loup. Il pouvait donc profiter sournoisement des failles de la stratégie, sans s’en rendre compte. Le comportement sournois n’est pas forcément volontaire. N’ayant eu comme seuls modèles que des personnes sournoises, les sournoiseries étaient monnaie courante chez Eric.

En explorant cette idée et ses défauts, j’ai fait remarquer à Régis que nous étions face au «Triangle Dramatique de Karpman» : Eric y tient le rôle de la Victime, et Régis joue à la fois au Bourreau (qui menace) et au Sauveur (puisqu’il sauve le poste d’Eric)… Mais il y avait-là une posture sacrificielle qui ne convenait pas à la situation. J’ai alors proposé une variante :

Le grand méchant loup imaginaire…

Au lieu de jouer deux rôles, Régis peut confier le rôle du Bourreau à quelqu’un d’autre qu’il peut inventer selon l’occasion. Par exemple, si Eric s’obstine à utiliser un produit inadapté, Régis peut prendre comme Bourreau un partenaire qui, «malheureusement pour tout le monde», l’oblige à respecter un quota d’utilisation. La menace ne vient donc plus de Régis, mais de tous ces accords qu’il faut respecter dans cette putain d’entreprise !

Plus besoin de jouer au loup, il suffit d’en inventer un selon la circonstance et Eric continuera à obéir à la contrainte (puisque c’est ce qui le fait agir et réagir). Ceci permet à Régis de garder sa Communication Assertive avec tout le monde au moment de présenter les objectifs. Il doit juste garder à l’esprit que si Eric ne respecte pas les décisions du groupe, le grand méchant loup imaginaire peut arranger tout ça. Selon le degré d’urgence, il peut faire intervenir le loup plus ou moins tard, afin de laisser à Eric la possibilité de s’adapter à l’harmonie du groupe dont il fait partie.

Nous sommes en juillet. J’ai de bonnes nouvelles : ça marche ! Eric est de plus en plus attentif au moment des réunions collectives, et il ne cherche plus à faire cavalier seul. Il a bien compris que les décisions qui étaient prises pendant ces réunions le concernaient aussi.

C’est dommage d’en arriver à de telles manipulations, me direz-vous, mais n’oublions pas que Régis a sauvé l’emploi d’Eric, et peut-être même sa carrière.

Et si je nous inventais un loup ?

Comme vous le savez sûrement Google est le moteur de recherche numéro 1. Lorsqu’une personne cherche «coach» ou «coaching», ou «prise de décision», Google lui propose des milliers de sites à consulter. Bien sûr, tout le monde se fie aux premières propositions. Apparaître en première ou en deuxième page augmente le nombre de visites.

Avec plus de 3.000 pages hébergées sur un site qui existe depuis 8 ans, je mérite une bonne place ! Et ça, Google le sait. C’est pourquoi je suis plutôt bien classé. Ceci dit, Google sait aussi combien de temps vous passez par page, sur quels menus vous avez cliqué, si vous visitez des liens, si vous revenez en arrière, sur quelles images vous cliquez, et bien sûr, si vous commentez… Google sait tout sur le comportement des visiteurs ! Contrairement à ce que disent les rumeurs, ce n’est pas pour vous fliquer, mais pour rester pertinent dans ses propositions. Plus il y a d’interactions dans un site, plus le site est bon à recommander.

Autre chose à savoir : ce n’est pas une question de quantité, mais une question de proportionnalité. Si 1.000 personnes lisent cet article, et seulement 20 la commentent, ça fait 2% de participants… Mais si 100 personnes consultent cette page, et 20 d’entre-elles la commentent, ça fait 20% ! Et ça, c’est un super score. Conclusion : en supprimant les adresses des personnes qui ne commentent jamais, je réduis le nombre de lecteurs et  j’augmente ma note de popularité, ce qui m’apportera de nouveaux lecteurs. Et ces nouveaux lecteurs, s’ils participent augmenteront encore ma popularité.

Vous êtes nombreux à me dire que mon travail est brillant et qu’il se passe de commentaires. Mais le grand méchant loup ne le sait pas ! Il a des stats et il s’y fie. Ce qui se passe dans votre monde intérieur n’a aucune incidence dans le processus extérieur, à l’image de beaucoup de choses qui vivent en vous mais qui ne s’extériorisent jamais. Et pourtant, que de fleurs s’ouvriront dans ce monde, si vous osiez y participer…

Voilà… maintenant que c’est dit, et que j’ai trouvé mon grand méchant loup, je me demande s’il est si imaginaire que ça… D’ailleurs l’un des bénéfices de Régis suite à son coaching, fut de constater que les loups qu’il inventait n’étaient pas issus exclusivement de son imagination. Il y avait toujours une part de vérité, et ces voyages réguliers dans le monde de l’imaginaire lui ont permis d’accroitre la proactivité de son équipe. Il en vient même à gratifier l’incident.

Je vais en faire autant ! Avec votre soutien bien sûr… C’est à vous de jouer : Vous avez forcément quelque chose à dire sur cet article.

A++

Stéphane