Résilience

Il est difficile pour une personne qui aime les mots de ne pas trouver de mots. Probablement autant qu’il est difficile pour un guide de ne pas trouver sa route.

Ces derniers jours, j’étais vide de mots et donc vide de sens. Que dire de ces attentats ? Le nombre de victimes m’avait déjà mis dans une certaine stupeur, mais lorsque les noms et les visages ont commencé à apparaître, j’ai été saisi de vertiges. Je ne connaissais personne intimement, mais comme beaucoup de parisiens et de franciliens, je connais quelqu’un qui connaissait quelqu’un…

Il y a quelques semaines, la main de Lamia caressait les cheveux de mon fils lui disant qu’il avait du talent… Elle était déjà un ange, qu’est-elle aujourd’hui ?

Sur ma page Facebook, ne sachant que publier, je n’ai fait que citer Victor HUGO pendant 48 heures. Ce poète a toujours été pour moi d’un très grand soutien. J’ai passé une bonne partie du Week-End en sa compagnie. Toutes les citations que vous verrez dans cet article sont de lui.

Il a commencé par me souffler ceci :

Les mots manquent aux émotions.

A partir de là, j’ai compris que j’étais prisonnier de mes émotions et j’ai reconnu que dans mon processus d’assimilation de l’information, quelque chose n’est pas passé. J’étais dans un déni de la réalité. Je ne voulais pas y croire ! J’attendais des informations contradictoires, et même lorsque je regardais les images, ma tête disait NON… Ce que nous vivions était impossible… Pas en France !

Ce n’est qu’à partir du moment où j’ai pris conscience de la mesure du carnage que j’ai commencé un travail de résilience. C’est un travail de pensées, d’émotions et d’actions. J’aimerais donc vous parler de résilience. Il y a ce que j’ai vécu, ce qu’ont vécu mes proches et mes clients, et surtout, ce que j’ai étudié et que j’aime transmettre. J’espère que ces quelques paragraphes aideront celles et ceux qui sont encore dans la stupeur à enclencher le processus de résilience qui leur permettra de retrouver la joie de vivre. C’est la meilleure façon d’honorer les victimes, qui l’avaient cette joie ! Et c’est aussi un message fort envoyé aux terroristes :

La joie est le reflux de la terreur

Cet article ne s’adresse pas aux familles des endeuillés ni aux centaines de blessés, ni même aux passant qui ont assisté au massacre. Ils auront besoin de bien plus qu’un article d’auto-coaching, et j’espère que nos institutions sauront les aider en prenant la mesure de leurs traumatismes. Mon article concerne toutes les personnes qui ont vécu l’évènement à travers les informations, et qui se sentent encore affaiblies émotionnellement. Des millions de personnes ont pris le métro la peur au ventre depuis samedi. Des millions de parisiens et de franciliens ont embrassé leurs enfants de façon particulière avant d’aller travailler en début de semaine… Il suffit d’aller faire un tour dans les salles de pause des entreprises pour constater à quel point nous sommes tous affectés. L’effarement domine ! Sur les réseaux sociaux c’est le sujet central, et malgré quelques slogans rappelant que la vie continue, les cœurs sont en berne.

Résilience

La résilience est la capacité de faire face à une situation difficile, afin de «rebondir» et retrouver un sens à sa vie. Introduit en France par Boris CYRULNIK, «l’art de naviguer entre les torrents» a fait couler beaucoup d’encre. Pour certains, un travail de résilience n’est requis que suite à des traumatismes violents. Pour d’autres le mot peut être employé même dans des cas où la personne a été touchée en tant que spectatrice. Remontant d’une moindre profondeur, elle mettra quelques jours ou quelques heures à franchir les différents paliers qui mènent à la surface. Mais à part le temps nécessaire à cette remontée, le processus et les techniques sont les mêmes pour tous.

La première étape consiste à accepter la réalité. C’est ce qui m’a manqué, et je plains encore ceux qui la nient et qui restent bloqués au point zéro. En revanche, je ne plains pas les théoriciens du complot qui se sont construits une fausse réalité qui ne tient compte d’aucun fait, ni même d’aucune imagination puisque leurs coupables étaient désignés avant l’incident. Il leur suffit de lier leurs coupables habituels, leurs boucs-émissaires, à ce qui vient de se produire, pour sortir de leur torpeur. Cette lâcheté leur permet de reprendre le contrôle de leurs émotions (habituelles) en quelques minutes, le temps d’exprimer leur haine viscérale, profitant de l’affliction de ceux qui les entourent pour instiller leurs convictions dans des esprits fragiles.

La réalité, aussi dure soit-elle, est d’une certaine façon le fond qu’on touche avant de commencer à remonter. Or en matière de psychologie nous savons que le fond n’est pas le même d’une personne à une autre. Pour en revenir à notre sujet, un parisien habitant au quartier latin pourrait trembler davantage aujourd’hui, qu’un voisin du Bataclan qui a vu des personnes s’écrouler devant lui. C’est une question de personnalité.

La réalité, comme chacun le sait est une construction personnelle basée sur des informations. Une personne saine d’esprit se base sur des faits concrets, des témoignages, et des informations dont la source est digne de confiance. J’ai donc tenté de clarifier les faits pour entamer ma construction : six attentats ont été perpétrés à Paris et à Saint Denis, faisant 129 morts (au moment où j’écris) et plus de 300 blessés. La moyenne d’âge des victimes est inférieure à 30 ans. Tous étaient sortis pour faire la fête, boire un verre, danser, se rencontrer… Aucun d’eux n’était une menace pour les agresseurs (pas de soldats, pas d’homme politique, ni même un caricaturiste célèbre parmi les victimes). Au moment de la revendication, pas d’erreur : c’est bien cette jeunesse qui a été visée ! Visée aveuglément, en masse, symboliquement…

De Janvier à Novembre

Après avoir accepté l’idée que l’optimisme viendrait plus tard, j’ai fini par construire cette vision : de janvier à novembre le code a changé ! Cette fois, personne ne pourra dire que ceux qui sont morts l’ont bien cherché et que les assaillants ont voulu venger leur prophète ! Personne ne pourra dire que ces jeunes, artistes pour la plupart, ont été tués parce qu’ils étaient solidaires d’une «barbarie» au Moyen-Orient. Aujourd’hui nous ne sommes pas attaqués pour ce que nous faisons, mais pour ce que nous sommes ! D’ailleurs, à bien y réfléchir, l’interprétation de janvier était fausse. Ces nouveaux faits viennent démontrer que ce qu’on attaque depuis janvier, c’est la diversité, la culture, la Liberté, l’Egalité, la Fraternité… La France et son style de vie. Donc les français…

Vous vous souvenez sûrement de la Marche Républicaine du dimanche 11 janvier suite aux attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher de Vincennes. Cette marche a réuni près de 4 millions de personnes de tous horizons. Chacun voulait dire NON à la terreur et a pu s’exprimer en rejoignant son groupe  qui fait partie d’un plus grand groupe… Les mouvements de foule, les chants, la créativité des banderoles, les slogans, les «jeux de rôles» improvisés souvent sous forme d’embrassades multiethniques ont ravivé la flamme de la vie française. La peur a cédé sa place au vivre-ensemble. Nous n’avons pas cédé à la panique. Nous avons évité ce piège que Victor HUGO décrit si bien :

Il existe une connivence tacite, non voulue, mais réelle, entre ceux qui font peur et ceux qui ont peur.

L’élan de solidarité qui suivit l’attentat de Charlie fut sans précédent : non seulement l’hebdomadaire a collecté des dons équivalents à 7 années de trésorerie, non seulement le tirage posthume fut publié à 3 millions d’exemplaires, puis à 5 puis à 7… mais l’ensemble des journaux satiriques a été salué par la population. Il fallait, contre la peur, réaffirmer nos valeurs profondes. La France a pu montrer sa force.

Cette résilience collective a touché chaque individu. Même ceux qui suivaient la marche à la télé ont vibré au diapason. Mais visiblement, les évènements récents ne nous mènent pas vers la même manifestation. Quelques marches solidaires sont organisées dans les petites communes, mais celles de Paris et des grandes métropoles se feront attendre pour des raisons de sécurité. Nous ne pouvons donc compter sur ces grands rassemblements pour nous renforcer. C’est par petits groupes, et individuellement qu’il faudra réagir. Connaissant les caprices de la résilience, il est temps ! Plus nous attendrons passifs, plus la remontée sera longue.

Dans cette guerre où les civils sont en première ligne, l’affirmation de nos valeurs fait partie des armes : si la vie parisienne (et par extension la vie française) change radicalement, la terreur aura gagné. J’invite donc toutes les personnes de bonne volonté, et en particulier les professionnels du spectacle qui me lisent, à reprendre leurs projets. J’invite ceux qui hésitaient ou qui temporisaient certaines «sorties de bulles», à passer à l’action pour faire face ! Ce n’est pas en annulant ou en limitant les spectacles que nous tirerons «une leçon» de cette histoire. C’est en encourageant l’art et la culture et bien sûr, en améliorant la sécurité des spectateurs.

Sécurité

Lundi, en voyant des militaires armés dans les rues de Paris, certaines personnes ont baissé les yeux et ont dit :

– Voilà à quoi nous en sommes réduits…

Tandis que d’autres ont déclaré :

– Je me sens en sécurité !

Les premiers sont dans la résignation, les seconds sont dans la résilience. Contrairement à ce que vivent d’autres pays, la présence des soldats dans les rues n’a pas pour but de nous priver de notre liberté. Bien au contraire, ces militaires représentent une ligne de défense contre ceux qui voudraient nous en priver. Leur présence nous rend moins, beaucoup moins vulnérables aux attaques terroristes, et lorsque vous verrez des soldats à l’entrée d’un théâtre, dites-vous que leur rôle est aussi précieux que celui des comédiens.

Cet exemple de représentation mentale, au-delà de son application concrète, peut également vous servir de métaphore contre tout changement qui pourrait vous amener vers des pensées basses. Pensez Sécurité et vous retrouverez le sourire ! Si vous vous faites fouiller à l’entrée d’un stade, au lieu de protester en clamant que vous n’avez pas la tête d’un terroriste, appréciez l’idée qu’on vous protège au-delà des apparences. Si on fouille un landau ou un cartable devant vous, ne dandinez pas de la tête, et rappelez-vous de quoi est capable l’ennemi. Ne refusez pas la réalité. Autorisez-vous à éprouver de la Gratitude pour ceux qui font ce travail ingrat. Je cède encore la parole à Victor HUGO :

Il ne s’agit pas d’être ému, il s’agit de faire face. Faire face à l’incident, c’est le devoir de quiconque n’est pas imbécile.

Le propre de la résilience est de savoir faire face après l’émotion. Si un certain nombre de changements s’impose, la résistance au changement constitue un rempart contre la résilience. Pour quelles raisons pourrions-nous préférer l’atermoiement plutôt que l’enthousiasme ? La réponse tient en un mot :

Culpabilité !

Le sentiment de culpabilité nous conduit vers des actes délétères (destructeurs et autodestructeurs). C’est le premier ennemi de la résilience, qui elle, vous appelle à vous reconstruire. Quelle que soit la gravité du choc, la culpabilité vient s’immiscer dans les esprits lorsque nous ne parvenons pas à donner du sens à ce que nous vivons. Prenons un exemple fort avant de revenir à notre sujet : «la culpabilité du survivant».

Elie WIESEL a longuement étudié et commenté les effets pervers de cette culpabilité en particulier chez les rescapés de la shoah. Beaucoup d’entre eux se sentaient coupables d’avoir survécu à «ça», en particulier lorsqu’ils ont perdu des êtres chers. On retrouve cette forme de culpabilité chez les soldats qui ont perdu leurs frères d’armes, et aussi chez les survivants d’un crash ou d’un naufrage. Le travail sur soi, qui se fait souvent en thérapie, consiste à transformer le «Pourquoi ne suis-je pas mort ?» en «Pour Quoi je vis ?». Ce que le docteur Viktor E. Frankl, appelle «la découverte du SENS de la vie», permet à ces survivants de refaire surface, avec des projets de vie très affirmés.

Il ne fait aucun doute que parmi les personnes qui ont survécu aux récents attentats, beaucoup seront saisis par cette forme de culpabilité. L’idée «qu’ils ont eu de la chance» ne leur suffira pas toujours. Pour beaucoup, il en faudra davantage, et j’espère que leurs accompagnateurs les aideront à poser un regard plein de sens sur leur avenir, car les coupables n’ont pas d’avenir…

Mais revenons à nous, les spectateurs de l’horreur : parmi mes amis (et certainement parmi mes lecteurs), nombreux sont ceux qui ne regardent pas la télé. Ils n’ont appris la nouvelle que le lendemain. Une nuit de douleur leur a été épargnée, mais en découvrant dans leur boulangerie les visages blafards de ceux qui ont veillé toute la nuit, qu’ont-ils ressenti ?

Si vous étiez absent pendant que tout le monde souffrait, priait, s’inquiétait… et si vous avez du mal à reprendre le dessus sur vos émotions aujourd’hui, il est possible toutes proportions gardées, que vous ressentiez la culpabilité d’avoir survécu au cauchemar du direct, et que vous tentiez de vous rattraper…

La télé un outil pour ou contre la résilience

La télé n’est qu’un outil. Il vous appartient de choisir quel impact il aura sur votre vie. Nombre de «gourous» recommandent de se déconnecter du monde de l’information, et beaucoup d’adeptes suivent la consigne religieusement, sans nuance ni profondeur… Je vous propose une autre approche, plus occidentale. Si vous vivez en occident, ça tombe bien :

Avec les technologies que nous possédons, nous pouvons avoir accès à une telle masse d’informations, qu’une sélection préalable est nécessaire. Considérez le journal télévisé (et les médias en général) comme une sélection par défaut : celle à laquelle tout le monde a accès de façon passive. Or vous le savez : il se passe dans le monde beaucoup de choses positives dont on vous parlera rarement. Pourquoi ? Parce que ça fait beaucoup moins d’audimat. Avec plus de 80% de reportages indignants, l’offre correspond à la demande. De ce fait, le conseil de vous déconnecter de ces actualités est judicieux. Vous polluez moins votre esprit, et vous pouvez partir en chasse d’informations qui vous intéressent sur des sites spécialisés. Même si ces sites ne sont pas à jour en matière d’audio-visuel et disposent de faibles moyens, c’est l’information qui prime.

Mais lorsque les choses se passent à notre porte, une grande partie de la sélection des Rédactions correspond à nos attentes. Il est donc normal d’allumer la télé pour bénéficier du travail des professionnels qui disposent de moyens colossaux. Cependant prudence : il ne s’agit plus d’une recherche active d’informations, mais d’une réception passive. L’un des dangers est de tomber dans la passivité durant des heures. Une sorte de transe hypnotique risque de s’installer devant les images qui bouclent. Chez certaines personnes, cette transe est quasi instantanée (quelles que soient les images).

Or justement, les techniques de résilience ne sont jamais passives. Si les nouvelles vous mènent vers l’apathie et un certain sentiment d’impuissance, alors elles sont mauvaises pour vous. Elles créent une victime de plus, et la répétition des images ne fera qu’accentuer des sentiments délétères. A l’inverse, si l’information vous pousse à l’action, elle devient utile, voire bénéfique malgré sa nature.

La solution est dans l’action !

Au moment où ils ont appris la nouvelle à la télé ou à la radio, et bien avant que le plan blanc soit déclenché, des dizaines de secouristes qui habitaient Paris et sa région ont quitté leur domicile pour aller assister les blessés, tandis que des donneurs de sang couraient vers les établissements qu’ils avaient l’habitude de fréquenter, sollicitant parfois les passants pour les sensibiliser à la cause. Plus tard, de nombreux taxis ont arrêté leurs compteurs pour accompagner chez eux des fêtards du vendredi soir qui sortaient de leurs abris de fortune.

Ce don de soi immédiat évite la stupeur puis l’atermoiement, le travail de résilience n’est pas nécessaire puisque l’action est volontaire, rapide, puissante et pleine de sens. C’est donc sans aucun doute la meilleure action de résilience, puisqu’elle vous permet de vous en épargner l’utilité !

Les secouristes, les donneurs de sang et les taxis sont-ils les seuls qui peuvent aider ? Non, bien-sûr : il s’agit d’exemples. Si vous pouvez offrir la chaleur de vos bras à une personne hagarde qui a vu l’horreur, vous faites autant qu’un secouriste ou un médecin. Vous n’êtes pas «free-hugger» non plus, mais vous êtes croyant ? Amenez votre livre de prière ! Pour beaucoup de personnes qui s’en seront sorties physiquement, ce sera de première nécessité. Il ne s’agit pas de récupérer les «âmes perdues», mais au contraire d’apporter à ceux qui sont toujours soutenus par des forces invisibles, le matériel et l’Energie nécessaire pour faire face.

En d’autres termes, en apportant aux plus malheureux que vous des éléments pour leur résilience, vous renforcez la vôtre ! C’est dans la nature humaine tant pour les créationnistes que pour les évolutionnistes. Si ce n’est pas spirituel, c’est psychologique, et si ce n’est pas psychologique, c’est une question d’instinct de survie.

Chacun de nous est un héros

Ne vous focalisez pas sur les exemples que je donne. Imaginez dans quelle mesure vous pourriez être utile entre vos connaissances et vos compétences, et grâce à l’information, qu’elle soit télévisuelle ou autre, joignez-vous à l’organisation en place en respectant les règles fixées par les professionnels. Bien-sûr, ce que je dis est valable si l’incident est de proximité ou si votre compétence est rare. Il est inutile pour un urgentiste marseillais de descendre à Paris, mais un expert en balistique lésionnelle trouvera sûrement sa place dans les hôpitaux parisiens, même si son trajet dure 10 heures.

Il est temps que les cœurs renoncent à douter.

Epargnez-vous le sentiment d’impuissance en apportant une aide à votre mesure. Si vous ne supportez pas la vue du sang, il est inutile d’ajouter votre malaise vagal à la panique ambiante. Respectez vos limites et restez à bonne distance de ce qui pourrait vous faire perdre pied. Toutefois ne sous-estimez pas votre importance : vous parlez anglais, espagnol ou italien ? Vous pouvez aider la police à donner des consignes à des touristes. Vous êtes costaud ? Il y a certainement des obstacles à soulever ou des barrières à décharger. Si vous êtes volontaire, vous trouverez votre place !

Comprenez bien que dans ces moments d’affolement, la moindre contribution est d’un très grand secours. Chacun peut être utile au collectif et par la même occasion utile à lui-même, puisque le focus est à l’action et non à la victimisation.

Un faux-ami !

Dans nos esprits, court un vieux dicton selon lequel il y a toujours plus malheureux que soi, et qu’en y pensant, on relative notre propre malheur… Si cette pratique a été utile un jour, elle a fait son temps ! Ce type de consolation est un faux-ami de la résilience. Sans dynamisme, sans action, sans participation à un mouvement, la compassion est vaine. Elle n’a de l’intérêt qu’à titre d’éveil. Elle vous permet de mesurer votre sensibilité et donc votre capacité d’engagement avant de passer à l’action.

Vous êtes commerçant et le fait de voir les terrasses désertes vous plonge dans l’affliction ? Un reportage télé confirme cette chute ? Participez au mouvement «Tous au bistrot !». Cela ranimera vote confiance en l’avenir. Non seulement vous aurez l’occasion d’exprimer votre solidarité, mais vous rencontrerez d’autres personnes très engagées dans ces actions post-traumatiques. Paris a besoin de vous ! Remplir les terrasses parisiennes est, pour beaucoup un acte de courage et de résistance. Dans le cadre de cet évènement, résistance ou résilience : même combat !

Respirer Paris, cela conserve l’âme !

Pleurer les morts du Bataclan vous mettra dans une certaine inertie. Déposer des fleurs devant le Bataclan tout en versant vos larmes, contribuera à votre résilience, et si vous y croyez, au repos des âmes.

Rappelez-vous que toute émotion sans action est un faux-ami de votre résilience. Et si vous pleurez, ne croyez pas que c’est un manque de courage ! L’émotion précède toute action. Plus elle est forte, plus votre action sera sincère :

Pleure afin de savoir ! Les larmes sont un don.
Souvent les pleurs, après l’erreur et l’abandon,
Raniment nos forces brisées !

De vrais amis !

Quelle que soit la raison d’une apathie, cette énorme fatigue qui rend l’idée de chaque action douloureuse, l’Art et la Culture constituent un excellent remède pour vous remettre en selle. Dans notre exemple le bénéfice est double, puisque c’est notre style de vie qui a été attaqué, et donc notre Art et notre Culture. Voilà donc encore une forme de résistance résiliente !

Si vous utilisez les réseaux sociaux, vous pouvez aisément imaginer le sentiment des artistes qui ont créé une œuvre d’hommage relayée par des milliers, voire des millions d’internautes. Toute création artistique réalisée en solo puis offerte au monde est une véritable délivrance. C’est un don de soi inestimable que l’on peut comparer à un acte héroïque.

L’un des problèmes des artistes est de ne pas vouloir «profiter de la situation». C’est absurde ! La police et les pompiers ont-ils profité de la situation le soir du 13 novembre ? Une fois les blessés extraits du lieu de leur calvaire, les médecins et les secouristes ont-ils profité de leur détresse en les soignant ? Il y a des métiers qui ne peuvent être soupçonnés de «profiter de la situation» : il s’agit des métiers que l’on fait la main sur le cœur.

Aujourd’hui, quelques jours après l’attaque, vous vous demandez peut-être en quoi vous pourriez être utile… Un slogan de janvier me revient en mémoire et pourrait vous aider :

#charlieHebdo : 12 morts 66 millions de blessés !

Le bilan d’aujourd’hui est bien plus lourd. Quel que soit votre art, si vous réalisez des œuvres dont le message est plein de sens, rappelant nos valeurs, notre style de vie, notre culture… Vous soignerez ceux qui vous approcheront. Les lumières bleu-blanc-rouge qui ont éclairé les monuments du monde, du mur des lamentations à Jérusalem jusqu’à l’Opéra de Sydney, ont rassuré les âmes. De même, chacun de nous peut contribuer à cette résilience, à grande ou à petite échelle.

Qu’est-ce qu’un artiste s’il ne peut s’exprimer lorsqu’il est saisi d’émotions ? Ne vous préoccupez pas du «qu’en dira-t-on» ! Offrez au monde vos plus belles réalisations. Par la même occasion, vous enrichirez votre résilience ! Chaque épreuve nous grandit si nous savons transformer son Energie.

Mais, me diront les plus chagrins, le fait d’utiliser les évènements, les gens, les épreuves, pour sa propre résilience… n’est-ce pas une façon de profiter de la situation ?

Bien joué ! Mais permettez-moi de terminer cet article comme un coach, puisque je le suis : au bout d’un certain temps, le fait de s’atermoyer, d’enraciner ses tourments, de nourrir ses douleurs et de céder à la fatigue est également une façon de profiter de la situation ! Il vous appartient de décider à quel moment la chose a assez duré, et lorsque vous aurez choisi de revenir dans le flux de la vie, autorisez-vous à donner le meilleur de vous-même pour vous remettre en selle. Donnez et recevez sans comptabilité ni culpabilité.

C’est exactement ce que je viens de faire ! C’est à vous maintenant : partagez ! Qu’est-ce qui a nourri votre résilience ?

Ce matin, un ami à moi, auteur et scénariste, bloqué depuis 5 jours devant son clavier a écrit ceci sur Facebook :

«Aujourd’hui j’ai envie de prendre le temps d’aller dans un grand parc, faire des câlins aux arbres, les serrer très fort, me nourrir de leur Energie de vie. Il faut évacuer tout ça. Ne plus subir ce qui nous arrive plus que de raison. Ma toux incessante me fait comprendre que tout doit cesser. Même pas peur !»

Connaissant mon ami Paolo, je sais très bien qu’il ne parlait pas uniquement de lui. Il proposait une solution autour de lui. Nul doute que ce partage inspirera beaucoup de résilients.

Bonne résilience.

Stéphane SOLOMON

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lalou
lalou

très beau texte – qui conforte et réconforte. Nous sommes si peu de choses devant un tel drame. Aucune religion ne prône le massacre, alors pourquoi ??? Merci Stéphane

Christine
Christine

Bonjour
Merci pour cette belle réflexion qui, comme je m’en doutais, va tous nous aider.
Et oui, bien sûr, qu’il faut aller prendre l’air !
Bonne continuation.

Louise Thériault
Louise Thériault

Merci infiniment Stéphane… toujours aussi pertinent, et percutant !

Je ne suis pas de France, mais ces événements me touchent et me bouleversent très profondément.

Aujourd’hui, nul pays, nulle citée n’est à l’abri du terrorisme et, de fait, nous nous sentons tous concernés.

J’habite bien loin de chez vous, mais d’ici, du Québec, mes racines françaises vibrent pourtant extrêmement fort et je me sens plus que solidaire du drame qui vous atteint.

Samedi prochain, je serai en ligne, en rendez-vous Skype avec une amie française de longue date, qui en avait déjà beaucoup à me dire par email sur ce qu’elle vit et ressent en ce moment. Je ferai de mon mieux pour être l’oreille attentive et accueillante dont elle a besoin.

D’ici quelques semaines, je compte m’impliquer dans l’aide au processus d’intégration de quelques réfugiés syriens qui seront accueillis par notre petite ville.

Je ‘résilie’ ainsi de mon mieux, à mon humble façon.

Ton merveilleux article, Stéphane, m’encourage à ‘allumer’ encore un peu plus sur les si nombreux besoins de la communauté humaine.

Merci à toi… et bonne poursuite dans tous tes rêves, projets et réalisations. Je reste de tout coeur avec vous. Mes meilleures pensées vous accompagnent.

Pierre S.
Pierre S.

… à propos des rescapés, je me souviens aussi d’un questionnement de la part d’un (ou une, je ne sais plus) rescapé(e) de camp de la mort, et qui culpabilisait: “pourquoi je m’en suis sorti(e)”………. et , finalement, plus tard: “pourquoi pas moi?”
the show must go on!

Colette
Colette

Merci beaucoup pour ce très beau texte plein d’amour et de compréhension des hommes.
Je lis toujours vos mails avec un grand intérêt et je vous remercie de vos excellents avis que j’essaie de “digérer” au mieux.
Bien fraternellement.

fredeiricv
fredeiricv

Bonjour Stéphane,
une partie de ton texte me rappelle aux techniques de l’acte symbolique comme forme de langage (Jacques Salomé). Face à la terreur, même la douceur d’une flamme allumée peut nous permettre d’élever notre conscience, de soutenir tous ceux qui souffrent….et de nous soutenir nous même.
Merci pour ton superbe texte sur la résilience, j’en avais besoin…merci du plus profond de mon cœur
Frédéric

Jean-Michel Vaysse
Jean-Michel Vaysse

Bravo Stéphane pour ce texte très juste qui répond à tant de préoccupations partagées ! On en trouve un extrait ce 27 novembre sur le site (et dans les pages) du quotidien L’Opinion.

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